vendredi 28 avril 2017

L'ode à Cassandre

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose (1)
Sa robe de pourpre au soleil,
A point perdu ceste vesprée (2)
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vôtre pareil.

Las ! voyez comme en peu d'espace (3),
Mignonne, elle a dessus la place
Las (4) ! las ! ses beautés laissé choir (5)!
Ô vraiment marâtre (6) Nature,
Puis qu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques (7) au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que vôtre âge fleuronne (8)
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez vôtre jeunesse :
Comme à cette fleur la vieillesse
Fera ternir vôtre beauté.

Ronsard, Quatre premiers Livres des odes, 1550.
Orthographe modernisée.

1. ouverte. - 2. fin d'après midi. - 3. en peu de temps. - 4. Hélas. - 5. tomber. - 6. Etymologiquement, "la mauvaise mère", par comparaison : "méchante". - 7. "jusques" à la place de "jusque" pour obtenir un octosyllabe, sans compter le fait que l'effet d'étirement provoqué est plutôt bien vu. 8. Verbe inventé par Ronsard, la rime en [ ɔn] traduit l'insouciance et la radical en "fleur-" l'idée de jeunesse.

Ill. : Couverture au roman de Jeanne Bourin, Les Amours blessées, qui raconte la passion de Ronsard pour Cassandre Salviati, l'inspiratrice du poème.

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