mardi 17 mai 2011

Expression

La correspondance ci dessous sert de modèle à notre exercice. L'échange ci dessous a réellement eu lieu : Hergé ayant finit par dessiner son correspondant dans l'avant dernière vignette de Vol 747 pour Sydney.
L'exercice : vous écrivez à une célébrité pour solliciter une faveur.
Suivre si possible la démarche de jean T. qui explique d'abord son intérêt pour l'oeuvre d'Hergé puis effectue sa demande.

Bordeaux, le 23 octobre 1962

Cher Monsieur Hergé,

Il y a douze ans, pour mon septième anniversaire, je recevais « L’Étoile mystérieuse ». Depuis ce temps là, la passion de l'Astronomie n'a fait que croître en moi, et c'est le métier auquel, vraisemblablement je me destinerai plus tard.
C'est avec cet Album que je suis entré dans le monde prestigieux, fantastique, merveilleux de Tintin. Haddok, Tournesol, les Dupondt sont devenus plus que des images. Ce sont de véritables amis, des personnages avec lesquels je discute, j'entretiens d'intimes relations. Je les retrouve en moi comme je me retrouve en eux.
À force, même, il me semble que vous devez en être comme dépossédés. Vos personnages ont une vie propre. Ils agissent selon leurs caractères. leurs penchants. J'aurais hurlé si, par exemple, le Capitaine s'était épris de Bianca.
Ils ont atteint une telle réalité qu'ils sont en tant que tels et non plus par vous, mais — et c'est là le merveilleux — grâce à vous. [...]
Je voudrais vous demander une faveur. Certes, j'en sens la présomption mais ce serait si formidable... Dans votre prochaine histoire, ne pourriez vous pas représenter un personnage quelconque, muet ou — quel bonheur — serrant la main ou parlant au Capitaine, et qui soit moi ?
Je me permets de vous envoyer quelques photos... Oh ! je vous en prie ! Acceptez. Ne me refusez pas cette immense joie ! Ce serait si extraordinaire... Je vivrais encore plus intensément dans ce monde inaccessible au vulgaire, au mal... Je vous en supplie, Monsieur Hergé, acceptez.
Vous trouverez cela stupide, trop romantique peut être, mais si vous saviez ce que cela représenterait pour moi...J'ai beaucoup de confiance et d'espoir. S'il vous plaît, envoyez moi deux lignes qui me disent que vous ne me refusez pas...
Encore merci... Je vous prie d'accepter toute ma gratitude.
Je suis votre serviteur dévoué.
Jean T

Le 6 novembre 1962
Cher ami,

Le souhait assez inattendu qu'exprime votre gentille lettre ne m'a paru ni « stupide » ni « trop romantique »...Tout de même, en passant, je vous demande de songer à la situation où se trouverait le pauvre dessinateur, si la même idée devait venir à quelques centaines de fervents « tintinistes » ou « haddockiens » ! Heureusement pour vous (et heureusement pour moi), le vœu de figurer dans un de mes albums n'est pas du tout courant. D'autres que vous, sans doute, seraient enchantés de serrer la main du capitaine, mais ils n'ont pas assez de spontanéité, de simplicité et d'enthousiasme pour solliciter une « faveur » de ce genre.
J'ai l'intention de vous l'accorder, lorsque l'occasion s'en présentera. Mais il y a à cela deux conditions : d'abord, que vous sachiez attendre (un an, deux ans, peut-être davantage) sans jamais manifester d'impatience ; ensuite, que ceci soit dès à présent et reste toujours un secret entre vous et moi. Puis-je compter que vous acceptez ces conditions-là ?
Pour le reste, ce que vous me dites de votre amitié pour mes personnages m'a évidemment fait plaisir Je vous en remercie. Et je vous assure, cher ami, de ma sympathie.

Hergé.

Hergé, Correpondance, Duculot, 1989.

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