jeudi 12 janvier 2012

Orgueil et préjugés de Jane Austen

Présentation d'un roman du XIXe siècle, Orgueil et préjugés, Jane AUSTEN

Biographie de l'auteur
Jane Austen est née le 16 décembre 1775 à Steventon Rectory ( Hampshire). C'est l'avant-dernière d'une famille de huit enfant. Son père est pasteur et sa famille fait partie de la petite bourgeoisie, leurs revenus sont modestes mais confortables. Jane et sa sœur Cassandra, inséparables, reçoivent une éducation aboutie. Elles étudient à Oxford, à Southampton puis à l'Abbey School de Reading. A cause d'une épidémie, les deux sœurs sont contraintes de retourner au Rectory. Elles y complètent leur éducation grâce à la riche bibliothèque familiale et aux conversations familiales et deviennent de véritables jeunes filles accomplies dotées de multiples talents comme le chant, la couture, le dessin, la broderie, le piano, la danse ou encore le maniement du français et de l'italien. Malgré cela, elles resteront vieilles filles. En 1802, a romancière reçoit sa seule et unique demande en mariage. Attirée par la vie confortable qui s'offre à elle, elle accepte avant de retirer son consentement le lendemain, sûrement rebutée par l'aspect quelconque et désagréable de son prétendant. Un caractère silencieux attisé d'une intelligence rare, un cœur tendre allié d'un caractère taciturne, froid ,Jane Austen est un personnage complexe. Cette nature contrastée se retrouve dans ses œuvres notamment dans « Raisons et sentiments » et « Orgueil et préjugés », ses deux œuvres majeures, rédigées alors qu'elle a à peine plus de vingt ans. Si elle parvint à vivre de son écriture vers la fin de sa vie, ses romans connurent leurs plus grands succès à titre posthume. Jane Austen mourut le 18 juillet 1817 à l'âge de quarante ans de la maladie d' Addison, (non identifiée à l'époque) laissant inachevé le roman « Persuasion ». Elle fut enterrée dans la cathédrale de Winchester.

Texte 1
Tout bascule à Longboun, petit bourg du Hertfordshire lorsqu' un jeune homme riche et célibataire Mr.Bingley s'installe à Neitherfield, un domaine proche avec ses deux sœurs et son meilleur ami Mr. Darcy. Mrs. Bennet, mère de cinq filles est bien déterminée à marier l'une d'entre elle à ce nouvel arrivant, bel homme et surtout très aisé. Lors d'un bal, Mr. Bingley se montre de la plus agréable des natures et se rapproche de l'aînée des demoiselles Bennet au plus grand plaisir de la mère. Mr. Darcy, au contraire révèle un caractère dédaigneux, hautain, d'une froideur impassible.

Mr. Darcy dansa seulement une fois avec Mrs. Hurst et une fois avec miss Bingley. Il passa le reste du temps à se promener dans la salle, n' adressant la parole qu' aux personnes de son groupe et refusant de se laisser présenter aux autres. Aussi fut-il vite jugé. C'était l'homme le plus désagréable et le plus hautain que la terre eût jamais porté, et l'on espérait bien qu'il ne reparaîtrait à aucune autre réunion.
Parmi les personnes empressées à le condamner se trouvait Mrs. Bennet. L'antipathie générale tournait chez elle en rancune personnelle, Mr. Darcy ayant fait affront à l'une de ses filles. Par suite du nombre restreint des cavaliers, Elizabeth Bennet avait du rester sur sa chaise l'espace de deux danses, et, pendant un moment, Mr Darcy s' était tenu debout assez près d'elle pour qu'elle pût entendre les paroles qu'il échangeait avec Mr Bingley venu pour le presser de se rejoindre aux danseurs.
- Allons Darcy, venez danser. Je suis agacé de vous voir vous promener seul. C'est tout à fait ridicule. Faites comme tout le monde et dansez.
- Non, merci! La danse est pour moi sans charmes à moins que je ne connaisse particulièrement une danseuse. Je n'y prendrais aucun plaisir dans une réunion de ce genre. Vos sœurs ne sont pas libres et ce serait pour moi une pénitence que d'inviter quelqu'un d'autre.
- Vous êtes vraiment difficile ! S'écria Bingley. Je n'ai jamais vu dans une soirée tant de jeunes filles aimables. Quelques-unes mêmes, vous en conviendrez sont remarquablement jolies.
Votre danseuse est la seule jolie personne de la réunion, dit Mr. Darcy en désignant du regard l'aînée des demoiselles Bennet. C'est la plus charmante créature que j'aie jamais rencontrée  mais il y a une de ses sœurs assise derrière vous qui est aussi fort agréable. Laissez-moi demander à ma danseuse de vous présenter.
- De qui voulez-vous parler ?
Mr. Darcy se retourna et considéra un instant Elizabeth. Rencontrant son regard, il détourna le sien et déclara froidement :
- Elle est passable, mais pas assez jolie pour me décider à l'inviter. Du reste je ne me sens pas en humeur, ce soir, de m'occuper des demoiselles qui font tapisserie. Retournez vite à votre souriante partenaire, vous perdez votre temps avec moi.
Mr. Bingley suivit ce conseil et Mr. Darcy s'éloigna, laissant Elizabeth animée à son égard de sentiments très peu cordiaux.

Commentaire :

Cet extrait illustre parfaitement le titre de l'ouvrage : Orgueil et Préjugés. Avant même d'avoir eût le temps de se faire connaître, Mr. Darcy est jugé comme distant, associal, orgueilleux. En réalité il s'agit de préjugés, cet orgueil est une façade derrière laquelle se cache un personnage touchant et sincère. La complexité de Darcy en fait un être difficile à cerner mais d'une réalité et d'une profondeur étonnante pour un personnage fictif. Dans la suite du roman, Elizabeth découvrira que cet épisode traduisait plus de la réserve qu'un sentiment de mépris. Cet extrait reflète également l'importance des bals à cette époque. Véritable institution, il permettait de nouvelles fréquentations qui parfois amenaient au mariage. Le père de Jane Austen était très attaché à la morale : des valeurs comme « Etre aimable avec ses inférieurs » ou  « Ne pas être hautain et méprisant » sont mises en valeur par l'indécence de Mr. Darcy.

Texte 2 :
Mr. Bennet reçoit une lettre annonçant la prochaine venue d'un cousin de la famille Mr. Collins. A cause d'un entail, celui-ci est le futur héritier de la maison des Bennet. Mrs. Bennet, initialement antipathique à cet homme qui prive ses filles de leur héritage, développe une grande amitié pour lui lorsqu'elle comprend que le but de sa visite consiste à prendre une de ses filles pour épouse.

Mr. Collins était dépourvu d'intelligence, et ni l'éducation ni l'expérience ne l'avaient aidé à combler cette lacune de la nature. Son père, sous la direction duquel il avait passé la plus grande partie de sa jeunesse, était un homme avare et illettré, et lui-même, à l'université où il n'était demeuré que le temps nécessaire pour la préparation de sa carrière, n'avait fait aucune relation profitable. Le rude joug de l'autorité paternelle lui avait donné dans les manières une grande humilité que combattait maintenant la fatuité naturelle à un esprit médiocre et enivré par une prospérité rapide et inattendue. Une heureuse chance l'avait mis sur le chemin de lady Catherine de Bourg au moment où le bénéfice d' Hunsford se trouvait vacant, et la vénération que lui inspirait sa noble protectrice, jointe à la haute opinion qu'il avait de lui-même et de son autorité pastorale, faisait de Mr. Collins un mélange singulier de servilité et d'importance, d'orgueil et d'obséquiosité. A présent qu'il se trouvait en possession d'une maison agréable et d'un revenu suffisant, il songeait à se marier. Ce rêve n'était pas étranger à son désir de se réconcilier avec sa famille car il avait l'intention de choisir une de ses jeunes cousines, si elles étaient aussi jolies et agréables qu'on le disait communément. C'était là le plan qu'il avait formé pour les dédommager du tort qu'il leur ferait en héritant à leur place de la propriété de leur père, il le jugeait excellent. N'était-il pas convenable et avantageux pour les Bennet, en même temps que très généreux et désintéressé de sa part ?

Commentaire
Mr. Collins représente tout le ridicule de la société bourgeoise du 19 ème siècle à lui seul. Ses manières décalées, sa haute opinion de lui-même, ses conversations élaborées mais vides de sens, ses compliments soigneusement préparés à l'avance, tout en lui inspire la moquerie et l'insensé. Née de la plume sarcastique de Jane Austen, ce personnage peint une critique impitoyable de la société. On ne peut s'empêcher de dresser un parallèle entre la demande en mariage de Collins à Elizabeth et celle du piètre Harris Bigg-Wither à Jane Austen elle-même. L'auteur nous dévoile le versant féministe de son œuvre. A l'époque, le droit anglais ne reconnaissait pas la femme comme indépendante, beaucoup d'entre elles furent contraintes de se marier pour obtenir statut social et sécurité économique. Dans le portrait du personnage, la description morale est privilégiée, il y a peu de détails physiques, cela produit un effet de réalisme subjectif. Jane Austen utilise le discours indirect libre, les pensées de Collins se mélangent à celle de la narratrice, une sensation de fluidité, de vivacité émane de son écriture.

Texte 3
Après avoir refusé la demande en mariage de Mr. Darcy, Elizabeth reçoit une lettre de ce dernier lui expliquant pourquoi il croyait bon de séparer Jane Bennet de Mr. Bingley et l'offense que Mr. Wickham avait fait subir à sa famille. Face à ces justifications, les sentiments d'Elizabeth à l'égard de Darcy évoluent. Sa haine se transforme en un amour irréversible.

Elizabeth qui avait retrouvé tout son joyeux entrain, pria Mr. Darcy de lui conter comment il était devenu amoureux.
- Je m'imagine bien comment, une fois lancé vous avez continué, mais c'est le point de départ qui m'intrigue.
- Je ne puis vous fixer ni le jour ni le lieu, pas plus que vous dire le regard ou les paroles qui ont tout déterminé. Il y a vraiment trop longtemps. J'étais déjà loin sur la route avant de m' apercevoir que je m'étais mis en marche.
- Vous ne vous faisiez pourtant point d'illusion sur ma beauté. Quant à mes manières elles frisaient l'impolitesse à votre égard, et je ne vous adressais jamais la parole sans avoir l'intention de vous être désagréable. Dites-moi, est-ce pour mon impertinence que vous m’admireriez !
- Votre vivacité d'esprit, oui certes.
- Appelez-la tout de suite de l'impertinence, car ce n'était guère autre chose. La vérité, c'est que vous étiez fatigué de ces femmes qui ne faisaient rien que pour obtenir votre approbation . C'est parce que je leur ressemblait si peu que j'ai éveillé votre intérêt. Voilà : je vous ai épargné la peine de me le dire. Certainement, vous ne voyiez rien à louer en moi , mais pense-t-on à cela, lorsqu'on tombe amoureux ?
- N'y avait-il rien à louer dans le dévouement affectueux que vous avez eu pour Jane lorsqu'elle était malade à Netherfield ?
- Cette chère Jane ! Qui donc n'en aurait fait autant pour elle ? Vous voulez de cela me faire un mérite à tout prix : soit. Mes bonnes qualités sont sous votre protection ! Grossissez les autant que vous voudrez. En retour, il m'appartiendra de vous taquiner et de vous quereller le plus souvent possible. Je vais commencer tout de suite en vous demandant pourquoi vous étiez si peu disposé en dernier lieu à aborder la question? Qu'est-ce qui vous rendait si réservé quand vous êtes venu nous faire visite à Longbourn ? Vous aviez l'air de ne pas faire attention à moi.
- Vous étiez grave et silencieuse, et ne me donniez aucun encouragement.

Commentaire :
Ce passage dévoile la franchise et le caractère presque insolent d'Elizabeth Bennet. Elle symbolise la vérité, la fraîcheur, le naturel dans un monde maniéré et superficiel. C'est d'ailleurs cet aspect de sa personnalité qui séduit Mr. Darcy, lassé de toutes ces conversations mondaines, futiles et inutiles. L'attachement du lecteur pour les deux personnages principaux grandit au fur et à mesure qu' accroît son dédain devant l'idiotie des personnages secondaires comme Collins, lady Catherine ou Mrs. Bennet. Dans cette scène marquante, le masque d'orgueil de Darcy tombe, tout comme les préjugés d'Elizabeth. Mais leurs sentiments, leurs émotions restent sous-entendus, peut-être est-ce du à l'amertume de Jane Austen, restée vieille fille ou à une volonté de l'auteur de rester pragmatique et de ne pas basculer dans le romantisme.

Conclusion
Dans Premières impressions qui deviendra « Orgueil et préjugés, Jane Austen esquisse un univers familier puisqu'elle même est issue de la petite bourgeoisie. Avec une impressionnante prise de recul, elle se rit de la nature humaine, des normes imposées par la société tout en alliant ironie et sarcasme. Les événements successifs qui forment le récit sont en apparence banals mais l'atmosphère dans lesquels ils sont ancrés apporte une émotion sincère à ce chef d’œuvre de la littérature anglaise. Grâce aux thèmes du mariage et de la dépendance économique des femmes, elle fixe inconsciemment les prémices de ce que l'on appelle aujourd'hui le féminisme.

Eloïse LP, 1e ES2

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