mardi 21 décembre 2010

Nativité du Tintoret

A propos du tableau ci-dessous.
Une "nativité" est un tableau qui représente la naissance du Christ. c'est un motif très courant dans l'art occidental, une sorte d'acte de naissance pour notre civilisation également qui a choisi l'anniversaire de Jésus comme point de départ de son calendrier - à quelques années près en fait.
Le tableau de Tintoret est extrêmement vivant, tous les personnages étant saisis en mouvement. Le christ est au centre, son regard se dirige vers l'agneau qui symbolise son sacrifice futur.
Marie et Joseph sont à gauche reconnaissables aux auréoles qui ceignent leurs têtes. Le tableau est divisé en trois espaces au centre, l'espace de l'étable, à gauche un horizon d'où émergent les rois mages, à droite le monde des hommes.
Si les rois mages apportent à l'enfant les présents du Ciel, on peut considérer le tableau comme une mise en scène de la divinité du Christ. Qui par sa naissance passe du monde divin à celui des hommes où il aura pour rôle de révéler sa nature divine présente en tout homme. La vierge Marie est vêtue de rose et de bleu, deux couleurs qui révèlent sa double nature divine (le bleu) et terrestre (le rouge).
Au centre le boeuf et l'âne et le "grand mystère sous leurs humbles fronts".

Joyeux Noël !


On dit qu’à Noël, dans les étables, à minuit,
l’âne et le bœuf, dans l’ombre pieuse, causent.
Je le crois. Pourquoi pas ? Alors, la nuit grésille :
les étoiles font un reposoir et sont des roses.

L’âne et le bœuf ont ce secret pendant l’année.
On ne s’en douterait pas. Mais, moi, je sais qu’ils ont
un grand mystère sous leurs humbles fronts.
Leurs yeux et les miens savent très bien se parler.

Ils sont les amis des grandes prairies luisantes
où des lins minces, aux fleurs en ciel bleu, tremblent
auprès des marguerites pour qui c’est dimanche
tous les jours puisqu’elles ont des robes blanches.

Ils sont les amis des grillons aux grosses têtes
qui chantent une sorte de petite messe
délicieuse dont les boutons d’or sont les clochettes
et les fleurs des trèfles les admirables cierges.

L’âne et le bœuf ne disent rien de tout cela
parce qu’ils ont une grande simplicité
et qu’ils savent bien que toutes les vérités
ne sont pas bonnes à dire. Bien loin de là.

Mais moi, lorsque l’Été, les piquantes abeilles
volent comme de petits morceaux de soleil,
je plains le petit âne et je veux qu’on lui mette
de petits pantalons en étoffe grossière.

Francis Jammes, De l'Angélus de l'aube à l'angélus du soir, 1897.

Ill. Nativité par Le Tintoret (env. 1550), Musée de Boston.

mercredi 15 décembre 2010

Les plaintes de Gilgamesh


Les plaintes de Gilgamesh constituent dans l'épopée un grand moment de poésie, sans doute l'un des premiers moments lyriques de l'histoire humaine.

« Qu’ils te pleurent, les chemins que tu as parcourus pour gagner la Forêt des cèdres. Que leurs plaintes emplissent le jour et la nuit.
« Qu’ils te pleurent, les anciens de la cité d’Uruk, eux qui avaient béni notre périple.
«Qu’elles te pleurent, les eaux pures des montagnes que nous avons gravies tant et tant de fois.
«Qu’elles te pleurent, les campagnes, qu’elles déchirent l’air de leurs cris, comme le ferait une mère.
«Qu’elles te pleurent, les forêts, que cèdres et cyprès gémissent au vent.
« Qu’ils te pleurent, les animaux des steppes et des forêts, ours, hyènes, panthères, tigres, cerfs, daims, bouquetins et tous ceux de ta harde.
« Qu’ils te pleurent, les jeunes gens d’Uruk qui nous ont vus tuer le Taureau céleste.

Le récit de Gilgamesh, « Classiques abrégés », l’école des loisirs, 2010.


ill. : le combat de Gilgamesh et d'Enkidu, palais d'Asurbanipal.

lundi 6 décembre 2010

L'apposition

1/ Définition

L'apposition est une fonction grammaticale, elle fait partie des expansions du nom. Elle présente la particularité de reprendre, du point de vue du sens, le mot déterminé.

Je viens de rentrer après une visite à mon propriétaire, l’unique voisin dont j’ai à m’inquiéter.
(Première phrase des Hauts de Hurlevent, d'Emily Brontë)

On considérera que "l'unique voisin..." est apposé à "mon propriétaire".

2/ Construction

L'apposition peut se construire comme le complément du nom : le nom apposé est introduit par une préposition et fait suite au nom déterminé.

La ville d'Exeter - La profession d'avocat

L'apposition se construit, sans quoi, par simple juxtaposition, le nom apposé est détaché du nom (ou du pronom) qu'il détermine par une virgule.

– C’est la fille de mon défunt maître, monsieur, Catherine Linton...

L'apposition ne suit pas nécessairement immédiatement le mot qu'elle détermine

Ces inscriptions, d’ailleurs, répétaient toutes le même nom en toutes sortes de caractères, grands et petits, Catherine Earnshaw, çà et là changé en Catherine Heathcliff, puis encore en Catherine Linton.