mardi 21 décembre 2010

Joyeux Noël !


On dit qu’à Noël, dans les étables, à minuit,
l’âne et le bœuf, dans l’ombre pieuse, causent.
Je le crois. Pourquoi pas ? Alors, la nuit grésille :
les étoiles font un reposoir et sont des roses.

L’âne et le bœuf ont ce secret pendant l’année.
On ne s’en douterait pas. Mais, moi, je sais qu’ils ont
un grand mystère sous leurs humbles fronts.
Leurs yeux et les miens savent très bien se parler.

Ils sont les amis des grandes prairies luisantes
où des lins minces, aux fleurs en ciel bleu, tremblent
auprès des marguerites pour qui c’est dimanche
tous les jours puisqu’elles ont des robes blanches.

Ils sont les amis des grillons aux grosses têtes
qui chantent une sorte de petite messe
délicieuse dont les boutons d’or sont les clochettes
et les fleurs des trèfles les admirables cierges.

L’âne et le bœuf ne disent rien de tout cela
parce qu’ils ont une grande simplicité
et qu’ils savent bien que toutes les vérités
ne sont pas bonnes à dire. Bien loin de là.

Mais moi, lorsque l’Été, les piquantes abeilles
volent comme de petits morceaux de soleil,
je plains le petit âne et je veux qu’on lui mette
de petits pantalons en étoffe grossière.

Francis Jammes, De l'Angélus de l'aube à l'angélus du soir, 1897.

Ill. Nativité par Le Tintoret (env. 1550), Musée de Boston.

mercredi 15 décembre 2010

Les plaintes de Gilgamesh


Les plaintes de Gilgamesh constituent dans l'épopée un grand moment de poésie, sans doute l'un des premiers moments lyriques de l'histoire humaine.

« Qu’ils te pleurent, les chemins que tu as parcourus pour gagner la Forêt des cèdres. Que leurs plaintes emplissent le jour et la nuit.
« Qu’ils te pleurent, les anciens de la cité d’Uruk, eux qui avaient béni notre périple.
«Qu’elles te pleurent, les eaux pures des montagnes que nous avons gravies tant et tant de fois.
«Qu’elles te pleurent, les campagnes, qu’elles déchirent l’air de leurs cris, comme le ferait une mère.
«Qu’elles te pleurent, les forêts, que cèdres et cyprès gémissent au vent.
« Qu’ils te pleurent, les animaux des steppes et des forêts, ours, hyènes, panthères, tigres, cerfs, daims, bouquetins et tous ceux de ta harde.
« Qu’ils te pleurent, les jeunes gens d’Uruk qui nous ont vus tuer le Taureau céleste.

Le récit de Gilgamesh, « Classiques abrégés », l’école des loisirs, 2010.


ill. : le combat de Gilgamesh et d'Enkidu, palais d'Asurbanipal.

lundi 6 décembre 2010

L'apposition

1/ Définition

L'apposition est une fonction grammaticale, elle fait partie des expansions du nom. Elle présente la particularité de reprendre, du point de vue du sens, le mot déterminé.

Je viens de rentrer après une visite à mon propriétaire, l’unique voisin dont j’ai à m’inquiéter.
(Première phrase des Hauts de Hurlevent, d'Emily Brontë)

On considérera que "l'unique voisin..." est apposé à "mon propriétaire".

2/ Construction

L'apposition peut se construire comme le complément du nom : le nom apposé est introduit par une préposition et fait suite au nom déterminé.

La ville d'Exeter - La profession d'avocat

L'apposition se construit, sans quoi, par simple juxtaposition, le nom apposé est détaché du nom (ou du pronom) qu'il détermine par une virgule.

– C’est la fille de mon défunt maître, monsieur, Catherine Linton...

L'apposition ne suit pas nécessairement immédiatement le mot qu'elle détermine

Ces inscriptions, d’ailleurs, répétaient toutes le même nom en toutes sortes de caractères, grands et petits, Catherine Earnshaw, çà et là changé en Catherine Heathcliff, puis encore en Catherine Linton.

mercredi 1 décembre 2010

Keats poète romantique

Keats n'est pas seulement le héros du film de Jane Campion Bright Star, il est aussi l'un des plus grands poètes romantiques anglais. L'Ode au rossignol est une très belle méditation sur le temps et l'éternité, elle est aussi l'un de ses poèmes les plus connus.

[...] Dans le noir, j’écoute ; oui, plus d’une fois
J’ai été presque amoureux de la Mort,
Et dans mes poèmes je lui ai donné de doux noms,
Pour qu’elle emporte dans l’air mon souffle apaisé ;
à présent, plus que jamais, mourir semble une joie,
Oh, cesser d’être - sans souffrir - à Minuit,
Au moment où tu répands ton âme
Dans la même extase
Et tu continuerais à chanter à mes oreilles vaines
Ton haut Requiem à ma poussière.

Immortel rossignol, tu n’es pas un être pour la mort !
Les générations avides n’ont pas foulé ton souvenir ;
La voix que j’entends dans la nuit fugace
Fut entendue de tout temps par l’empereur et le rustre :
Le même chant peut-être s’était frayé un chemin
Jusqu’au cœur triste de Ruth, exilée,
Languissante, en larmes au pays étranger ;
Le même chant a souvent ouvert,
Par magie, une fenêtre sur l’écume
De mers périlleuses, au pays perdu des Fées.

Perdu, ce mot sonne un glas
Qui m’arrache de toi et me rend à la solitude !
Adieu ! L’imagination ne peut nous tromper
Complètement, comme on le dit - ô elfe subtil !
Adieu ! Adieu ! Ta plaintive mélodie s’enfuit,
Traverse les prés voisins, franchit le calme ruisseau,
Remonte le flanc de la colline et s'enterre
Dans les clairières du vallon :
était-ce une illusion, un songe éveillé ?
La musique a disparu : ai-je dormi, suis-je réveillé ?

Trois dernières strophes de l' "Ode au rossignol" in Les Odes, trad. Alain Suied, Éditions Arfuyen


John Keats sur le site "Esprits nomades" http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/keats.html

Ill. Le keats de Jane Champion, interprété par Ben Whishaw dans Bright Star

Les jeux du coeur et de la parole (Le Théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle)

XVIe XVIIe Shakespeare , Roméo et Juliette, Pocket;  Le Songe d'une nuit d'été , Le Livre de Poche;   Le Marchand de Venise, Beau...