vendredi 22 février 2013

Zazie récit d'enfance?

Toute la question est de savoir comment définir le "récit d'enfance".
S'agit-il d'un genre particulier?

Le récit s'oppose-t-il au roman?

Une définition de Jean-José Marchand, qui reprend pour une grande part une distinction déjà établie par André Gide, « un récit reproduit des évènements conformément aux lois de l'exposition, un roman nous montre ces évènements dans leur ordre propre. Nous pouvons, aidés par cette formule, distinguer à grands traits le roman pur du récit pur; le roman a lieu, le récit a eu lieu; le roman nous livre peu à peu un caractère, le récit l'explique; le roman regarde naître les évènements, le récit les fait connaître; le roman est constitué par des suites vivantes, le récit par des causales; le roman se déroule au présent, le récit éclaire le passé. La première conséquence de ces observations est que le récit, quand ses héros sont des hommes, étudie de préférence une crise (qu'il explique), tandis que le roman n'a pas de sujet nécessaire, mais ses héros sont toujours des hommes. Gide a parfaitement raison, selon Sartre, de remarquer que le roman est " un surgissement perpétuel; chaque nouveau chapitre doit poser un nouveau problème, être une ouverture, une direction, une impulsion, une jetée en avant de l'esprit du lecteur."

Existe-t-il une spécificité du "récit d'enfance"? Les programmes de troisième publiés en 2008 semblent le considérer et offrent même une liste de titres :

Colette, Sido, La Maison de Claudine, Albert Cohen, Le Livre de ma mère, Nathalie Sarraute,  Enfance, Fred Uhlman,  L’Ami retrouvé, Hervé Bazin,  Vipère au poing, Alain-Fournier,  Le Grand Meaulnes, Romain Gary,  La Promesse de l’aube, Italo Calvino,  Le Baron perché, Driss Chraïbi,  La Civilisation, ma mère ! Camara Laye, L’Enfant noir, Amos Oz,  Soudain dans la forêt profonde, Annie Ernaux,  La Place, Tahar Ben Jelloun,  L’Enfant de sable, Andreï Makine, Le Testament français.

La liste est très éclectique et comporte des exemples
- d'autobiographie (Sarraute, Camara Laye, Chraïbi)
- de romans autobiographiques - ou autofictions pour reprendre un terme à la mode (Colette, Bazin, Annie Ernaux)
- de romans ou récits (Uhlman, Alain-Fournier)
- voire même de contes à tonalité philosophique (Calvino, Amos Oz)

Les programmes de français de 3e sont centrés sur le XXe siècle, on serait donc tenter d'y ajouter quelques grands classiques : Les quatre filles du docteur March, Tom Sawyer,  Les romans de Dickens, L'Enfant de Jules Vallès, Morbacka de Selma Lagerlöf...

Une réflexion intéressante enfin ici : 




Expression : modifier un point de vue narratif


Sujet : réécrire la scène de l'interrogatoire du colonel Aburthnot du point de vue de Marie Debenham. Une excellente copie qui manifeste bien les sentiments et impressions du personnage:

Nous étions dans le train de l'Orient Express, bloqué par une congère. Poirot poursuivait son interrogatoire. Il tentait de découvrir le ou les assassin(s) du meurtre de la veille. Le compartiment dans lequel nous nous trouvions était un compartiment de seconde classe et il était à peine chauffé. Des flocons de neige se posaient sur les vitres et fondaient lentement pour se transformer en gouttes d'eau qui glissaient le long de la vitre. Nous mis à part, le wagon était désert.
Poirot commença par demander au colonel Arbuthnot s'il fumait la pipe. Et s'il était le seul parmi les autres voyageurs à fumer.
Je me tenais juste derrière le colonel. Je feignais l'indifférence, mais, en réalité, j'étaits morte de peur à l'idée que Poirot découvre le pot-aux-roses. A mes yeux, tout cela n'avait rien d'un crime injustifié, au contraire, c'était une vengeance légitime et normale. Mais qu'en était-il des autorités? Elles ne seraient pas du même avis, c'était certain.
Le directeur de la compagnie observait la scène. Il se tenait raide comme un piquet près de la table à laquelle étaient assis Poirot et le colonel.
Celui-ci, réticent, finit par acquiescer. Poirot continua en déclarant qu'un de ses cures-pipes avaent été retrouvés près du cadavre.
“Mince!” pensais-je. J'avais pourtant pris garde de ne laisser aucune trace! Et voilà qu'un simple cure-pipe mettait leurs vies en danger!
Le colonel rétorqua qu'aucune trace ne permettait d'affirmer le fait que ce cure-pipe lui appartenait. Il se leva à demi, les poings sur la table et cria que si Poirot voulait l'inculper de ce crime, il préfèrerait régler cela sans la présence d'une étrangère. Il me désigna du doigt. Je pris un air offusqué, bien que je songeai qu'Arbuthnot avait bien réagi en s'indignant de la sorte.
Il se rassit. Poirot mit en doute cette affirmation, en rapportant quelques bribes d'une de mes conversations avec le colonel qu'il avait saisie. Il souligna le fait que les phrases “Mary comme je voudrais vous voir en dehors de tout cela” et “quand tout sera fini” étaient des plus suspectes.
Mais lorsqu'il nous demanda la véritable signification de cette échange, nous répondîmes tous deux que nous ne pouvions lui répondre. J'ajoutais que je pensais que ce meurtre me semblait plus être un crime passionnel qu'autre chose. Et que j'avais d'autres choses à faire que de tuer un inconnu.
Poirot rétorqua que cette affaire n'avait, selon lui, rien d'un crime passionnel. Il y voyait plutôt un acte commis de sang-froid. Il nous proposa de changer de pièce. Nous entrâmes dans une pièce étroite où se trouvait un canapé vert, un tapis dans les mêmes tons et une moquette pourpre.
Poirot, suite à sa dernière réplique, rappela le sang-froid que j'avais eu à Istambul lorsque j'avais observé le meurtre de cette femme infidèle. Et il était maintenat certain qu'il y avait un rapport quelconque entre la victime et moi-même.
“Ce n'est pas assez pour prouver que j'ai trempé dans cette affaire” me dis-je. Je me tournai vers le détective et je le sommai de cesser d'insinuer quoi que ce soit à mon sujet. Je déclarai avec aplomb que je n'avais rien à voir avec ce meurtre.
Le détective n'en parut pas affligé et me demanda si je savais quelque chose à propos du meurtre de Mademoiselle Armstrong. J'affirmai mon ignorance à ce sujet. Poirot se tourna vers le colonel et lui posa la même question. Celui-ci répondit en avoir vaguement entendu parler par la presse. Il savait que le colonel Armstrong était célèbre pour ses exploits, il avait d'ailleurs été décoré de la Victoria Cross, mais il n'avait jamais eu l'occasion de le rencontrer.
Poirot réfléchit un instant. Je m'assis sur le canapé. Poirot révéla alors que Ratchett, la victime, était l'assassin de Daisy Armstrong. Le colonel en déduisit que, le meurtrier ayant été tué, il n'avait eu que ce qu'il avait mérité. Mais il pria le détective de ne pas mal interprétr ses paroles. Il rectifia, en disant que comme il était officier, il désaprouvait la vengeance , même si c'était pour tuer un criminel. Il estimait que seule la justice devait se charger de tels cas.
Poirot, m'accusa de lui avoir menti en disant tout ignorer des Armstrong. Il ajouta que la comtesse lui avait dévoilé que j'avais été la gouvernante de Daisy.
Folle de rage, je m'insurgeai. Poirot relata comment cela c'était produit. La comtesse, qui ne savait pas bien mentir, lui avait dit que sa gouvernante s'appelait Freebody. Malheureusement pour elle, Poirot avait fait le rapprochement entre Freebody et Debenham, comme le nom du magasin. Il en avait conclu que j'avais été au service de la comtesse, en tant que gouvernante.

Mathilde dB

Sally Lockhart, quart d'heure décisif

Consigne : il fallait donner une suite à cette intrigante ouverture de Sally Lockhart de P. Pullmann :
Par une froide et maussade après-midi d'octobre 1872, un fiacre s'arrêta devant les bureaux de Lockhart & Selby, agents maritimes installés au cœur du quartier financier de Londres. Une jeune fille en descendit et paya le cocher.
C'était une personne d'environ seize ans, seule et d'une beauté rare. Mince et pâle, elle portait un costume de deuil, avec un bonnet noir, sous lequel elle coinça une mèche blonde que le vent avait détachée de sa chevelure. Elle avait des yeux marron, étonnamment foncés pour quelqu'un d'aussi blond. Elle s'appelait Sally Lockhart, et dans moins d'un quart d'heure, elle allait tuer un homme.
Elle demeura un instant immobile devant le bâtiment, puis gravit les trois marches du perron et entra...
Tout n'est pas parfait dans le texte qui suit mais on sent malgré tout l'enthousiasme du conteur dont la conclusion est peut-être un peu hâtive. Vous ne trouvez pas?
Derrière la porte, Sally vit pour la première fois le lieu où son père avait travaillé, avant d’être lâchement tué. Elle s’arrêta un instant et jeta des coups d’œil furtif, telle une espionne. Elle s’avança jusqu’à l’un des comptoirs de l’agence où une secrétaire l’accueillit, un large sourire aux lèvres. Cette dernière engagea la conversation après de banales salutations :
- Qui êtes vous ? Que faîtes vous ici ?
- Je suis miss Lockhart, présente aujourd’hui régler pour une affaire de famille.
- Ah, dit la secrétaire d’un ton triste, je risque de vous décevoir, mais votre père est mort.
Cela Sally le savait déjà et c’était daileures pour cette raison qu’elle se trouvait au siège de l’entreprise familiale. Elle avait menée seule une enquête pour découvrir qui avait empoisonné son père. 
A ce moment là, la secrétaire, quelque peu gênée lui demanda si c’était pour cette raison qu’elle portait un costume de deuil. La jeune fille resta impassible ; quand un jeune homme passa derrière Sally, la bousculant volontairement et lui adressantun sourire narquois, qu'elle ignora superbement.
Elle demanda ensuite à la secrétaire si elle pouvait lui expliquer comment rejoindre les bureaux du fils de Selby.
La dame lui répondit aussitôt qu’elle ne savait pas s'il pourrait la recevoir.
« Ce n’est pas grave", fit Sally tout en sachant qu’elle mentait.
Elle alla consulter le plan de l’établissement puis ferma les yeux et enrgistra mentalement l'itinéraire. La jeune femme courut alors vers l'un des escaliers, sa robe virevoltait sous l'effet de la vitesse, laissant apparaître quelque chose de brillant au niveau de sa taille. Puis, elle gravit les marches, quatre à quatre.
« Plus tôt je l’aurai fait, mieux ce sera ! songea-t-elle »
Chaque instant qui passait, la rappochait du succès.
 Elle apeçut enfin une plaque de porte en cuivre sur laquelle était gravé le nom de John Selby, fils du patron. Elle frappa énegiquement trois coups et attendit la réponse un simple « Entrez !" qui provenait de l’intérieur de la pièce. »
Elle était si proche du but. Elle ouvrit la porte avec calme et douceur, sereinement.
Au milieu de la pièce était assis, sur sa table de travail, le « Dom Juan » du hall d’accueil.
Le jeune homme avançait à bras ouverts en direction de Sally en faisant :
- Miss Lockhart, sachez que je compatis à la douleur que vous inflige la mort de votre cher parent.
Sally ne se laissa pas prendre au jeu et saisit, en toute discrétion, l'objet qu’elle avait dissimulé sous sa ceinture.
Elle inspira profondément et le planta son poignard entre les omoplates du jeune homme qui s’effondra sous son propre poids et heurta le sol comme une masse.
- C’est réussi, pensa-t-elle. » Elle venait de venger son père en tuant son meurtrier de sang-froid.
Ce diable incarné avait assassiné son pour détourner l’argent de l’entreprise et s’enrichir.
- Lâche, l'accabla-t-elle encore.
La jeune fille finit par mettre l’arme dans la main du cadavre qui gisait au sol
Le crime était parfait.

Valentin R.

mardi 5 février 2013

Copie de TL sur une citation de JM Thomasseau


Bonne copie bien rédigée, on déplorera simplement l'absence de réflexion portant sur la notion d' "univers carnavalesque".

« Dans l'univers carnavalesque de Lorenzaccio, l'illusion est reine et les rêves plus que les actions animent les personnages. Comme au spectacle aussi, tout ce que l'on voulait cacher est immédiatement découvert aux yeux de tous. » Jean-Marie Thomasseau

Lorenzaccio est une pièce aux intrigues entrelacées, faite de jeux d'ombres et de lumière, aux multiples facettes. Les secrets, les complots et les murmures y sont légion et parent cette pièce de mystère. En effet, plusieurs intrigues se juxtaposent: l'intrigue Strozzi, visant à établir une république à Florence, l'intrigue Cibo, où deux personnages tentent de contrôler le duc, l'une pour le bien du peuple, l'autre afin d'avoir une main mise sur le pouvoir du duc et de s'approcher de la papauté, et enfin l'intrigue de Lorenzo, le personnage principal, ayant pour but d'assassiner le duc . Chacun de ces acteurs agit dans l'ombre afin de parvenir à ses fins : nous pouvons alors nous demander quels sont les éléments de l'intrigue placés sous le sceau du secret, et paradoxalement mis à nu aux vues des spectateurs au long de la pièce ? Nous verrons dans un premier temps le double je(u) de Lorenzo, personnage éponyme et principal de la pièce, puis les agissements dans l'ombre des personnages secondaires.

Lorenzo de Médicis, jeune noble à la solde du tyrannique duc Alexandre de Médicis, est réputé et méprisé à Florence pour être l'âme damnée de celui-ci, tout en étant un symbole de perversion et de vice . La scène d'exposition nous renvoie d'ailleurs pleinement cette image : jouant d'entremetteur dans l'achat d'une jeune fille pour le duc, Lorenzo tient un discours d'un homme pervers et sans aucun scrupule :  «  Quoi de plus curieux pour le connaisseur que la débauche à la mamelle?Voir dans un enfant de quinze ans la rouée à venir ; étudier, ensemencer, infiltrer paternellement le filon mystérieux du vice dans un conseil d'ami, dans une caresse au menton » . On nous peint ici le portrait du Lorenzo connu de tous, une figure de mépris et de vices . Trois scènes plus tard, à la scène 4 , après avoir provoqué Sire Maurice, on le voit trembler à la vue d'une épée (« Regardez Renzo, je vous en prie ; ses genoux tremblent, il serait devenu pâle s'il pouvait le devenir » s'exclame le duc à la vue de Lorenzo apeuré) ajoutant l'épithète lâche à tous les qualificatifs qu'on lui prête.
Cependant, ces facettes de Lorenzo, qui semblent pourtant si ancrées en lui, s'évanouissent sous les yeux des spectateurs : par exemple, nous pouvons voir à la scène I de l'acte III, Lorenzo s'entraînant âprement à l'épée avec l'aide de Scoronconcolo : cette scène, se déroulant cachée aux yeux du duc, vise à nous montrer le second visage de Lorenzo, c'est-à-dire un homme sacrifiant sa vertu tout comme son intégrité dans le seul but de faire tomber un tyran. Ainsi, l'image projetée de Lorenzo vient à se métamorphoser pour le spectateur : celui-ci comprend le double jeu du jeune homme, de la même manière que ses fins. Elles-même se dévoilent lors de l'aveu du but de Lorenzo à Philippe Strozzi, à la scène 3 de l'acte III : « Je suis en effet précieux pour vous, car je tuerai Alexandre. » . Les soupçons se confirment alors : ce Lorenzo lâche, dévoyé, n'est en fait qu'un rôle afin de séduire le duc et d'en permettre l'assassinat.
Outre les manigances de Lorenzo, il apparaît que tous les personnages des intrigues secondaires jouent un rôle dans l'ombre : ainsi le cardinal Cibo, manipule sa belle-sœur la marquise Cibo et le duc afin d’assouvir sa soif de pouvoir en confortant sa place aux côtés du duc . Il dévoile ainsi ses ambitions dans la scène 3 de l'acte III : «  Je serai l'anneau invisible qui l'attachera, pieds et poings liés, à la chaîne de fer dont Rome et César tiendront les deux bouts ».
Dans ce même monologue, on s'aperçoit que la liaison de la marquise Cibo et du duc, qu'elle croyait pourtant exercer elle aussi en secret, n'est en fait qu'une autre machination perpétrée par le cardinal pour parvenir à ses fins : à la scène 3 de l'acte I, on voit le cardinal espionner la marquise en interceptant un billet à son intention, écrit par le duc. Mais ses intentions ne sont réellement dévoilées qu'au cours de ce monologue :  « Alexandre aime ma belle-sœur ; que cet amour l'ait flattée, cela est croyable ; ce qui peut en résulter est douteux ; mais ce qu'elle veut en faire, c'est là ce qui est certain pour moi. Qui sait jusqu'où pourrait aller l'influence d'une femme exaltée, même sur cet homme grossier, sur cette armure vivante ? » .
De son côté, la marquise Cibo séduit le duc afin de tenter de le réformer : usant de leur liaison comme moyen d'approche, elle espère le convaincre de se mettre au service du peuple et de changer ainsi la vie politique de Florence. On trouve cette tentative à la scène 6 de l'acte III :  « Va, cela est facile d'être un grand roi quand on est roi. Déclare Florence indépendante, réclame l'exécution du traité avec l'empire, tire ton épée et montre la ! ». Malheureusement, elle se solde par un échec.
Ainsi, nous pouvons avancer que ces deux personnages agissent tous deux secrètement, chacun dans le but de contrôler le pouvoir politique florentin, celui-ci représenté par le duc.
C'est ainsi que nous pouvons dire que Lorenzaccio est une pièce aux jeux de lumière et de trompe-l’œil, chacun de ses personnages agissant dans l'ombre afin de parvenir à leur but qu'ils se sont fixés : l'illusion est donc maîtresse, chacun cachant leur but aux yeux de tous, qui pourtant n'échappent pas aux spectateurs. 
Hélène R. TL