jeudi 22 mars 2012

Qu'est-ce qu'un récit ?

Quelle différence y a-t-il entre les genres du roman et du récit. Michel Raimond dans un essai intitulé Le Roman depuis la révolution (1) cite une définition de Jean-José Marchand, elle même inspirée d'une réflexion d'André Gide :

« un récit reproduit des événements conformément aux lois de l'exposition, un roman nous montre ces événements dans leur ordre propre. Nous pouvons, aidés par cette formule, distinguer à grands traits le roman pur du récit pur; le romana lieu, le récit a eu lieu; le roman nous livre peu à peu un caractère, le récit l'explique; le roman regarde naître les événements, le récit les fait connaître; le roman est constitué par des suites vivantes, le récit par des causales; le roman se déroule au présent, le récit éclaire le passé. La première conséquence de ces observations est que le récit, quand ses héros sont des hommes, étudie de préférence une crise (qu'il explique), tandis que le roman n'a pas de sujet nécessaire, mais ses héros sont toujours des hommes. Gide a parfaitement raison, selon Sartre, de remarquer que le roman est « un surgissement perpétuel; chaque nouveau chapitre doit poser un nouveau problème, être une ouverture, une direction, une impulsion, une jetée en avant de l'esprit du lecteur ».

M. Raimond, Le Roman depuis la révolution, coll. U, Armand Colin, 

Quand vous serez bien vieille...

En 1578, Ronsard est un poète reconnu. Le Prince des poètes" travaille pour les grands de la cour. Catherine de Médicis lui commande un recueil de poèmes destinée à "consoler" sa suivante, Hèlène de Surgères qui vient de perdre un officier dont elle était amoureuse, à la guerre.



Quand vous serez bien vieille, au soir,
[à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant (1) et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant :
Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle.

Lors (2), vous n'aurez servante oyant (3) telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de mon nom ne s'aille réveillant,
Bénissant votre nom de louange immortelle.

Je serai sous la terre et fantôme sans os :
Par les ombres myrteux (4) je prendrai mon repos :
Vous serez au foyer une vieille accroupie,

Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain :
Cueillez dés aujourd'hui les roses de la vie.

Ronsard, Les Sonnets pour Hélène, 1578.


1. Dévider : Dérouler le fil.
2. Lors : Alors.
3. Oyant : Entendant.
4. Myrteux : Adjectif inventé par Ronsard et qui provient de myrte (l'arbre dédié à Vénus).

lundi 19 mars 2012

Les fonctions relatives au nom (éventuellement au pronom)

L'adjectif (ou le participe passé) épithète peut être lié ou détaché.
Une abeille étourdie arrive en bourdonnant.
Etourdie, une abeille arrive en bourdonnant.

Le complément du nom (ou complément de détermination) : Nom ou infinitif placé après le nom et introduit par une préposition;
les projets de son âme.

La subordonnée relative placée, généralement après le nom qu’elle détermine : elle est complément de l'antécédent.
L'abeille qui s'est posée sur la bouche de Chloé

L'apposition : Nom ou GN qui reprend le nom déterminé, entretenant avec lui un rapport d’identité:
Cette coquette de Chloé (Chloé = la coquette)

L'attribut : Nom ou adjectif introduit par un verbe attributif.
D'ailleurs sa piqûre est légère 
La bouche de Chloé me semblait une rose,


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La Coquette et l'Abeille

Chloé, jeune, jolie, et surtout fort coquette,
Tous les matins, en se levant,
Se mettait au travail, j'entends à sa toilette ;
Et là, souriant, minaudant,
Elle disait à son cher confident
Les peines, les plaisirs, les projets de son âme.
Une abeille étourdie arrive en bourdonnant.
"Au secours ! Au secours ! Crie aussitôt la dame:
Venez, Lise, Marton, accourez promptement ;
Chassez ce monstre ailé." Le monstre insolemment
Aux lèvres de Chloé se pose.
Chloé s'évanouit, et Marton en fureur
Saisit l'abeille et se dispose
A l'écraser. "Hélas ! Lui dit avec douceur
L'insecte malheureux, pardonnez mon erreur ;
La bouche de Chloé me semblait une rose,
Et j'ai cru... " Ce seul mot à Chloé rend ses sens.
"Faisons grâce, dit-elle, à son aveu sincère :
D'ailleurs sa piqûre est légère ;
Depuis qu'elle te parle, à peine je la sens."
Que ne fait-on passer avec un peu d'encens !


Florian, Fables, l'école des loisirs, 2009.