dimanche 29 novembre 2009

Grandville

Grandville, l'illustrateur des Fables, fut un formidable artiste. Pour découvrir son oeuvre et son destin exceptionnel : http://fr.wikipedia.org/wiki/Grandville

mardi 24 novembre 2009

La rime, ce qu'il faut savoir

I. Définition

La rime est, à la fin des vers, un phénomène d’écho. Une syllabe vocalique, au minimum une voyelle, se répondent d’un vers à l’autre.

II Qualité de la rime

La qualité de la rime est établie selon le nombre de phonèmes (sons) communs placés en finale des vers considérés. La rime est ainsi qualifiée de riche, pauvre ou suffisante :

Tu m'as pris jeune, simple et beau,
Joyeux de l'aurore nouvelle ;
Mais tu m'as montré le tombeau
Et tu m'as mangé la cervelle.

Tu fleurais les meilleurs jasmins,
Les roses jalousaient ta joue ;
Avec tes deux petites mains
Tu m'as tout inondé de boue.

Cros, « Caresse », Le Coffret de santal.

La rime « nouvelle »/« cervelle », constitue une rime riche, avec trois sons communs : v - è - l
La rime "et beau" / "tombeau" est suffisante constituée de deux sons communs : b - o .
Quant à la rime boue / joue, elle sera considérée comme une rime pauvre puisqu’elle n’est fondée que sur un son commun : ou .

Alors que Du Bellay préconisait l’emploi de la rime riche, la rime tendra à disparaître avec l’apparition du vers libre, se maintenant occasionnellement ou se réduisant à une simple assonance :

O mon amour, il n’est rien que nous aimons
Qui ne fuie comme l’ombre
Shéhadé, II, VIII, Les poésies.

Le son "on" est la voyelle finale des deux vers mais, dans le second, les sons "b" et "r"empêchent la réalisation d'une rime.

III. Genre

Le genre de la rime est déterminé par la présence d’un e « muet » ou caduc. Elle est masculine lorsque son dernier phonème n’est pas un e « muet », elle est féminine lorsqu’elle s’achève sur ce même e « muet ». Ainsi, les rimes (empruntées à Marceline Desborde-Valmore) « couvent / vent », « timide / humide » sont-elles respectivement masculines et féminine.
La présence du e « muet » compte, jusqu’au XIXe siècle, pour les mots féminins : la rime « abolie » / « mélancolie », par exemple, dans « El Desdichado » de Nerval est une rime féminine. Les marques du pluriel n’empêchent pas la rime féminine, « Moines » et « Chanoines » font une rime féminine dans le « Conseil tenu par des rats » de La Fontaine.
L’alternance rime féminine, masculine s’impose très tôt comme règle de versification, dès le XVe siècle.

IV. Disposition

Le respect de cette dernière règle impose trois types de dispositions :
Les rimes peuvent être suivies ou plates :

C'est une nuit d'été ; nuit dont les vastes ailes
Font jaillir dans l'azur des milliers d'étincelles ;
Qui, ravivant le ciel comme un miroir terni,
Permet à l'œil charmé d'en sonder l'infini ;
Lamartine, « L’Infini dans les cieux », Harmonies poétiques et religieuses.

Les rimes se suivent selon la disposition d’un schéma aabb.

La rime est croisée lorsqu’elle s’inscrit dans un schéma de type abab :

Calmes dans le demi-jour
Que les branches hautes font,
Pénétrons bien notre amour
De ce silence profond.
Verlaine, « En sourdine », Fêtes galantes.

La disposition abba correspond à la rime dite embrassée :

J'ai longtemps habité sous de vastes portiques
Que les soleils marins teignaient de mille feux,
Et que leurs grands piliers, droits et majestueux,
Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques
Baudelaire, « La vie antérieure », Les Fleurs du mal.


Ces schémas de bases peuvent être combinés entre eux, notamment dans les strophes impaires qui induisent une rime « redoublée » :

Pourquoi cette parole amère ?
Pourquoi ces pleurs dans vos adieux ?
La fille imite enfin sa mère ;
Mais l'amitié reste sincère,
Bien qu'elle ait dû baisser les yeux.
Sully Prudhomme, « Les Jeunes filles », Stances et poèmes.

Ainsi, la rime en [ɛR] (èr) est redoublée et la strophe s’inscrit dans une disposition de type abaab.

V. Effets de sens

Il arrive par ailleurs que les mots à la rime participent d’une même signification, on peut alors qualifier la rime de rime sémantique :

Vivre, avoir les rayons du soleil sur la face,
Boire le sel ardent des embruns et des pleurs,
Et goûter chaudement la joie et la douleur
Qui font une buée humaine dans l'espace !
Anna de Noailles, « La Vie profonde », Le Cœur innombrable
.

Les noms « pleurs » et « douleur » à la rime se rejoignent dans une évocation en écho de la souffrance ; accentuant l’expression de cette idée paradoxale qui consiste à « goûter » aussi bien la peine que les joies.
A l’inverse les mots à la rime peuvent s’opposer, la présence à la rime renforce alors l’expression de l’antithèse ; on parle alors de rime antisémantique :

Cueillez, cueillez vostre jeunesse :
Comme à ceste fleur la vieillesse
Fera ternir vostre beauté.
Ronsard, « Mignonne, allons voir… », Odes.

La juxtaposition, en lecture verticale des antonymes « jeunesse » et « vieillesse » accentue l’opposition et manifeste de façon saisissante l’idée ressassée tout au long du poème selon laquelle le temps conduit à un déclin inéluctable.

Cette page et la précédente (le mesure) sont en grande partie extraites de mon livre, Poésie, rhétorique, registres, courants littéraires et poésie francophones, Ellipses, 2009

Redevenons classiques !

Comme tous les écrivains classiques, Florian a adopté, dans son écriture le principe de l'imitation : il n'inventait pas le sujet de ses fables, à quelques rares exceptions près; il "empruntait" des sujets qui avaient été traités par les auteurs grecs et latins de l'antiquité ou par des contemporains allemands, anglais ou espagnols. Vous pouvez comparer cette fable avec "Le vieux Arbre et le Jardinier", p. 73 et vous constaterez que le travail d' "invention" des auteurs classiques ne consistait pas seulement à mettre un matériau tout prêt en vers.

Le laboureur et l’arbre qui ne donnait pas de fruit

Il y avait dans le champ d’un laboureur un arbre qui ne portait pas de fruit, et qui servait uniquement de refuge aux moineaux et aux cigales bruissantes. Le laboureur, vu sa stérilité, s’en allait le couper, et déjà, la hache en main, il assénait son coup. Les cigales et les moineaux le supplièrent de ne pas abattre leur asile, mais de le leur laisser pour qu’ils pussent y chanter et charmer le laboureur lui-même. Lui, sans s’inquiéter d’eux, asséna un second, puis un troisième coup. Mais ayant fait un creux dans l’arbre, il trouva un essaim d’abeilles et du miel. Il y goûta, et jeta sa hache, et dès lors il honora l’arbre, comme s’il était sacré, et il en prit grand soin.
Ceci prouve que par nature les hommes ont moins d’amour et de respect pour la justice que d’acharnement au gain.
Esope (trad. Chambry, 1927)


Vous pourrez ensuite tenter de faire la même chose avec cette fable d'un certain Yriarte, poète espagnol - Florian a traduit certaines fables d'Yriarte en français ainsi que le Don Quichotte de Cervantès qu'il a réduit - on le considère, à ce titre, comme le père du classique abrégé. Vous trouverez d'ailleurs dans les Fables (p. 163) une amusante parodie du Don Quichotte.

La fable à mettre en vers :

L’Âne et la flûte

Que cette fable ait du succès ou non, peu m’importe, le hasard vient de l’offrir à mon imagination.
Un âne passait par hasard dans une prairie, près de mon village, il y trouva une flûte qu’un jeune berger avait laissée par hasard. Il s’approcha pour la flairer et, par hasard, il souffla dessus plusieurs fois avec force ; l’air s’introduisit dans la flûte qui, par hasard, rendit un son : « Oh ! oh ! dit maître Aliboron, que je joue bien de la flûte ! et l’on répètera que la musique des ânes ne vaut rien ! »
Sans observer les règles, il y a des sots qui réussissent quelquefois, par hasard.
Yriarte, Fables (Trad. Jauffret, Lettres sur les fabulistes,
tome troisième, p. 181 – voir bibliographie).

lundi 23 novembre 2009

Compter les syllabes d'un vers

La mesure

I. Définition
La mesure (ou mètre) désigne l’ensemble des syllabes qui composent le vers.

Attention ! On préférera le terme « syllabe » à celui de « pied » pour signifier l’unité de mesure du vers. Le pied renvoie à la métrique latine qui ne s’appuie pas sur la syllabe pour définir ses unités de base.

II. Le décompte des syllabes

Le vers français est, par nature, syllabique. Le décompte des syllabes va donc permettre de déterminer la mesure du vers. La syllabe correspond à une voyelle clairement perceptible entourée éventuellement de sons consonantiques.

Le problème du « e » muet
Seul, le « e » muet ([Ə]) pose véritablement problème. Sa prise en compte dépend de sa position.
Un « e » muet suivi d’une voyelle ne compte pas, il faut souligner que l’élision s’opère naturellement. Il est de même ignoré en fin de vers, ainsi dans ces deux vers de Lamartine :

Ain/si/, tou/jours/ pous/sés/ vers/ de/ nou/veaux/ ri/vages, (12)
Dans/ la/ nuit/ é/ter/nelle/ em/por/tés/ sans/ re/tour, (12)
Lamartine, « Le Lac », Méditations poétiques.

A l’inverse, ce même « e » muet compte, suivi d’une consonne :
Nul/ as/tre/ ne/ lui/sait/ dans/ l'im/men/si/té/ nue; (12)
Leconte de Lisle, « Les Hurleurs », Poèmes Barbares.

Attention ! Dans la poésie du XVIe siècle le « e » muet peut se prononcer s’il fait suite à une voyelle. Ainsi dans le vers suivant, « Marie, levez-vous, ma jeune paresseuse, » (Ronsard, XXIII, Nouvelle continuation des amours), le nom « Marie » compte pour trois syllabes : Ma/ri/e.

III. Les principales mesures

Si l’alexandrin constitue, après la Pléiade, le vers de référence, il n’en demeure pas moins que la poésie exploite très tôt toutes les possibilités métriques, vers impairs y compris.

1. Les mesures paires
L’alexandrin (ou dodécasyllabe) est introduit dans la langue française avec le Roman d’Alexandre (d’où son nom). Le dodécasyllabe se voit préféré au décasyllabe à la Renaissance en raison de l’évolution grammaticale de la langue. L’introduction systématique du pronom devant le verbe et de l’article devant le nom induisent la nécessité d’un mètre plus long.
Un/e/ lou/ve/ je/ vis/ sous/ l'an/tre/ d'un/ ro/cher (12)
Du Bellay, « Songe, IV », Les Antiquités de Rome.
Le décasyllabe, vers de dix syllabes fut le vers de prédilection des poètes jusqu’au XVIe siècle, on le rencontre encore après, bien qu’il soit plus rarement utilisé de façon systématique :
Je/ vis/, je/ meurs ;/ je/ me/ brû/le et/ me/ noie, (10)
Louise Labé, « Sonnet VIII », Sonnets.
L’octosyllabe comporte huit syllabes ; fréquent dans la production romanesque du Moyen Âge, il sera utilisé par la suite dans des œuvres légères rappelant le chant. Les romantiques puis Baudelaire en feront une utilisation plus systématique, et parfois plus grave :
J'ai /per/du/ ma/ for/ce/ et/ ma/ vie,
Et/ mes/ a/mi/s et/ ma/ gaie/té; (8)
Musset, « Tristesse », Poésies nouvelles.
L’hexasyllabe (six syllabes) est rarement utilisé en isométrie, il vient parfois, en hétérométrie, ponctuer une strophe aux vers plus longs. On l’emploie par ailleurs dans des poèmes qui cherchent à imiter la dynamique de la chanson :
J'offre ces violettes,
Ces lys et ces fleurettes. (6)
Hugo, « A Triby, le lutin d’Argail », Odes et balades.
Définitions : L’isométrie se définit comme l’utilisation d’une mesure unique tout au long du poème ; l’hétérométrie à l’inverse se caractérise par l’utilisation de mètres divers dont l’alternance peut être organisée de façon régulière au sein de la strophe.
B. Les mesures impaires
L’hendécasyllabe (onze syllabes) est un mètre fréquent dans la poésie médiévale, Marceline Desbordes Valmore le remettra à l’honneur, de même que les symbolistes.
Ô/ champs/ pa/ter/nels/ hé/ris/sés/ de/ char/milles
Où/ glis/sent/ le/ soir/ des/ flots/ de/ jeu/nes/ filles ! (11)
Marceline Desbordes Valmore, « Rêves intermittent d’une nuit triste », Poésies interdites.
L’ennéasyllabe (neuf syllabes) fut longtemps jugé impropre à la rythmique, l’ennéasyllabe est donc une mesure peu usitée, Verlaine le réhabilite dans son « Art poétique ».
De/ la/ mu/si/que a/vant/ tou/te/ chose
Et/ pour/ ce/la/, pré/fé/rer/ l’im/pair (9)
Verlaine, « Art poétique », Jadis et naguère.
L’Heptasyllabe est sans doute le vers impair le plus communément mis en œuvre, fréquent chez La Fontaine, les poètes du XIXe y auront souvent recours.
Cha/que/ bel/le/ sans/ mys/tère
Bro/de/ son/ nom/ sur/ le/ lin.
Hugo, « Ode IV » Odes et balades.

dimanche 15 novembre 2009

La réécriture

La réécriture est l'autre exercice proposé au brevet pour évaluer l'orthographe, voici quelques exemples à partir desquels vous pouvez vous entraîner :

Changer le nombre, passer de « Il » à « Ils »
Il courait comme seul un cochon peut courir, les chiens sur ses talons. Mais tout à coup voici qu'il glisse, et l'on croit que les chiens sont sur lui. Alors il se redresse, et file d'un train encore plus vif. Les chiens regagnent du terrain, et l'un d'eux, tous crocs dehors, est sur le point de lui mordre la queue quand, de justesse, il l'esquive.
Orwell, La ferme des animaux, 1954.

Changer de temps, passer le texte au présent :
Lucile et moi nous nous étions inutiles. Quand nous parlions du monde, c'était de celui que nous portions au dedans de nous et qui ressemblait bien peu au monde véritable. Elle voyait en moi son protecteur, je voyais en elle mon amie. Il lui prenait des accès de pensées noires que j'avais peine à dissiper : à dix-sept ans, elle déplorait la perte de ses jeunes années ; elle se voulait ensevelir dans un cloître.
Chateaubriand, Mémoires d’outre tombe, 1848.
Changer de personne : passer de « Nous » à « Je » :
Nous avançâmes vers Niagara. Nous n'en étions plus qu'à huit ou neuf lieues, lorsque nous aperçûmes, dans une chênaie, le feu de quelques sauvages, arrêtés au bord d'un ruisseau, où nous songions nous-mêmes à bivouaquer. Nous profitâmes de leur établissement : chevaux pansés, toilette de nuit faite, nous accostâmes la horde.
Chateaubriand, Mémoires d’outre tombe, 1848.


Changer de personne, passer de « tu » à « vous » et de « je » à « nous » :
NINON
Bonsoir. Tu n'as pas peur
De traverser le parc pour aller à ta chambre?
Il est si tard! - Veux-tu que j'appelle Flora?
NINETTE
Pas du tout. - Mais vois donc quel beau ciel de septembre!
D'ailleurs, j'ai Bacchanal qui m'accompagnera.
Musset, A quoi rêvent les Jeune Filles, 1934


Changer le système de temps : passer du passé au présent de « J’aurais voulu… » à « je voudrais» :
J'aurais voulu lui demander pourquoi il n'y avait, dans son panier, que des moitiés de champignons. Mais je me rendis compte que la question eût été irrévérencieuse. Je le remerciai et m'enfuis. J'allais me les faire fricasser quand je rencontrai la troupe de domestiques. J'appris ainsi qu'ils étaient vénéneux.
Calvino, Le Vicomte pourfendu, 1954.
Pour ceux qui veulent s'entraîner et améliorer leur orthographe, je recommande plutôt les deux Zéro faute, préférables à Bled et autres manuels du même type. Les exercices sont un peu plus variés et les cours plus denses. Le "6e/5e" convient très bien à d'actuels élèves de 4e.

La construction du verbe

1. Verbes transitifs et intransitifs

Le dictionnaire classe les verbes en deux grands ensembles en fonction de leur construction dans la phrase : les verbes transitifs et inftansitifs.
Les verbes intransitifs prennent sens, tout seuls, utilisés avec un simple sujet :
Elle plonge.
Les verbes intransitifs ont besoin d'un complément pour faire totalement sens :
Un phrase comme "Il ignore" n'est pas satsifaisante. On dira "Il ignore la nouvelle" par exemple. Le complément qui vient préciser le sens du verbe est appelé complement d'Objet direct (COD).

2. Les verbes attributifs
Ce sont des verbes qui permettent d'établir un lien entre le sujet d'une phrase et son attribut.
Si l'attribut est un adjectif : il exprime une "qualité" du sujet, je mets qualités entre guilemets parce que ce peut aussi être un défaut.
Ex. : Il est maladroit.
Si l'attribut est un nom : il y a un rapport d'identité entre le sujet et son attribut.
Ex. Enora est ma soeur. (Enora = ma soeur)

Attention : un verbe attributif peut, dans certains contextes, être intransitif
Elle demeure mon amie. (attributif : elle = mon amie)
Elle demeure à Paris. (Intransitif)

3. Verbes transitifs direct et indirect

Le verbe transitif direct est complété par un COD, comme son nom l'indique, complément qui fait directement (c'est à dire sans préposition) suite au verbe.
Laurie aime les aventures de Bella.
Le verbe intransitif est complété d'un complément introduit par une préposition :
Il pense à Bella. ("à" permet d'introduire "Bella")

Seuls les verbes transitifs directs autorisent la transformation passive :
Les Anglais envahissent la Bretagne.
La Bretagne est anvahie par les Anglais.
Essayez avec un verbe intransitif ou transitif indirect :
Les Anglais viennent en Bretagne.