lundi 23 novembre 2009

Compter les syllabes d'un vers

La mesure

I. Définition
La mesure (ou mètre) désigne l’ensemble des syllabes qui composent le vers.

Attention ! On préférera le terme « syllabe » à celui de « pied » pour signifier l’unité de mesure du vers. Le pied renvoie à la métrique latine qui ne s’appuie pas sur la syllabe pour définir ses unités de base.

II. Le décompte des syllabes

Le vers français est, par nature, syllabique. Le décompte des syllabes va donc permettre de déterminer la mesure du vers. La syllabe correspond à une voyelle clairement perceptible entourée éventuellement de sons consonantiques.

Le problème du « e » muet
Seul, le « e » muet ([Ə]) pose véritablement problème. Sa prise en compte dépend de sa position.
Un « e » muet suivi d’une voyelle ne compte pas, il faut souligner que l’élision s’opère naturellement. Il est de même ignoré en fin de vers, ainsi dans ces deux vers de Lamartine :

Ain/si/, tou/jours/ pous/sés/ vers/ de/ nou/veaux/ ri/vages, (12)
Dans/ la/ nuit/ é/ter/nelle/ em/por/tés/ sans/ re/tour, (12)
Lamartine, « Le Lac », Méditations poétiques.

A l’inverse, ce même « e » muet compte, suivi d’une consonne :
Nul/ as/tre/ ne/ lui/sait/ dans/ l'im/men/si/té/ nue; (12)
Leconte de Lisle, « Les Hurleurs », Poèmes Barbares.

Attention ! Dans la poésie du XVIe siècle le « e » muet peut se prononcer s’il fait suite à une voyelle. Ainsi dans le vers suivant, « Marie, levez-vous, ma jeune paresseuse, » (Ronsard, XXIII, Nouvelle continuation des amours), le nom « Marie » compte pour trois syllabes : Ma/ri/e.

III. Les principales mesures

Si l’alexandrin constitue, après la Pléiade, le vers de référence, il n’en demeure pas moins que la poésie exploite très tôt toutes les possibilités métriques, vers impairs y compris.

1. Les mesures paires
L’alexandrin (ou dodécasyllabe) est introduit dans la langue française avec le Roman d’Alexandre (d’où son nom). Le dodécasyllabe se voit préféré au décasyllabe à la Renaissance en raison de l’évolution grammaticale de la langue. L’introduction systématique du pronom devant le verbe et de l’article devant le nom induisent la nécessité d’un mètre plus long.
Un/e/ lou/ve/ je/ vis/ sous/ l'an/tre/ d'un/ ro/cher (12)
Du Bellay, « Songe, IV », Les Antiquités de Rome.
Le décasyllabe, vers de dix syllabes fut le vers de prédilection des poètes jusqu’au XVIe siècle, on le rencontre encore après, bien qu’il soit plus rarement utilisé de façon systématique :
Je/ vis/, je/ meurs ;/ je/ me/ brû/le et/ me/ noie, (10)
Louise Labé, « Sonnet VIII », Sonnets.
L’octosyllabe comporte huit syllabes ; fréquent dans la production romanesque du Moyen Âge, il sera utilisé par la suite dans des œuvres légères rappelant le chant. Les romantiques puis Baudelaire en feront une utilisation plus systématique, et parfois plus grave :
J'ai /per/du/ ma/ for/ce/ et/ ma/ vie,
Et/ mes/ a/mi/s et/ ma/ gaie/té; (8)
Musset, « Tristesse », Poésies nouvelles.
L’hexasyllabe (six syllabes) est rarement utilisé en isométrie, il vient parfois, en hétérométrie, ponctuer une strophe aux vers plus longs. On l’emploie par ailleurs dans des poèmes qui cherchent à imiter la dynamique de la chanson :
J'offre ces violettes,
Ces lys et ces fleurettes. (6)
Hugo, « A Triby, le lutin d’Argail », Odes et balades.
Définitions : L’isométrie se définit comme l’utilisation d’une mesure unique tout au long du poème ; l’hétérométrie à l’inverse se caractérise par l’utilisation de mètres divers dont l’alternance peut être organisée de façon régulière au sein de la strophe.
B. Les mesures impaires
L’hendécasyllabe (onze syllabes) est un mètre fréquent dans la poésie médiévale, Marceline Desbordes Valmore le remettra à l’honneur, de même que les symbolistes.
Ô/ champs/ pa/ter/nels/ hé/ris/sés/ de/ char/milles
Où/ glis/sent/ le/ soir/ des/ flots/ de/ jeu/nes/ filles ! (11)
Marceline Desbordes Valmore, « Rêves intermittent d’une nuit triste », Poésies interdites.
L’ennéasyllabe (neuf syllabes) fut longtemps jugé impropre à la rythmique, l’ennéasyllabe est donc une mesure peu usitée, Verlaine le réhabilite dans son « Art poétique ».
De/ la/ mu/si/que a/vant/ tou/te/ chose
Et/ pour/ ce/la/, pré/fé/rer/ l’im/pair (9)
Verlaine, « Art poétique », Jadis et naguère.
L’Heptasyllabe est sans doute le vers impair le plus communément mis en œuvre, fréquent chez La Fontaine, les poètes du XIXe y auront souvent recours.
Cha/que/ bel/le/ sans/ mys/tère
Bro/de/ son/ nom/ sur/ le/ lin.
Hugo, « Ode IV » Odes et balades.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire