lundi 18 janvier 2010

Ecriture épistolaire

Apollinaire fut un grand poète, l'un de ceux qui ont fait entrer la poésie dans la modernité. On lui doit les Calligrammes (1918), ces petits poèmes qui épousent la forme d'un dessin, un superbe recueil de poèmes, Alcools (1913) dans lequel il se livre à toutes sortes d'expérimentations. Notre poète mourra en 1918 de la grippe espagnole (les vaccins n'existaient pas!) Ses Poèmes à Lou, publiés bien après sa mort, sont pour certains, des lettres qu'il envoya du front à sa bien aimée.

Mourmelon le Grand, 6 avril 1915


MA Lou je coucherai ce soir dans les tranchées
Qui près de nos canons ont été piochées
C'est à douze kilomètres d'ici que sont
Ces trous où dans mon manteau couleur d'horizon
Je descendrai tandis qu'éclatent les marmites
Pour y vivre parmi nos soldats troglodytes
Le train s'arrêtait à Mourmelon le Petit
Je suis arrivé gai comme j'étais parti
Nous irons tout à l'heure à notre batterie
En ce moment je suis parmi l'infanterie
Il siffle des obus dans le ciel gris du nord
Personne cependant n'envisage la mort

Et nous vivrons ainsi sur les premières lignes
J'y chanterai tes bras comme les cols des cygnes
J'y chanterai tes seins d'une déesse dignes
Le lilas va fleurir Je chanterai tes yeux
Où danse tout un chœur d'angelots gracieux
Le lilas va fleurir ô printemps sérieux
Mon cœur flambe pour toi comme une cathédrale
Et de l'immense amour sonne la générale
Pauvre cœur pauvre amour Daigne écouter le râle
Qui monte de ma vie à ta grande beauté
Je t'envoie un obus plein de fidélité
Et que t'atteigne ô Lou mon baiser éclaté

Apollinaire, Poèmes à Lou, 1947.
Ill. Marie Laurencin, Apollinaire et ses amis, 1903 (Beaubourg).

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