mercredi 3 février 2010

Salinger, la mort d'un écrivain de génie

Il est des écrivains qui se font un nom autour d'un roman et d'un seul. Un roman culte qui, comme un éclair, illumine l'histoire littéraire. Les Liaisons dangereuses (Laclos), Le grand Meaulnes (Alain-Fournier), Le Guépard (Lampedusa).
Salinger était de ceux-là. Un roman emblématique, L'Attrape-Coeurs, publié en 1951, quelques nouvelles puis plus rien. L'écrivain est mort à quatre-vingt-onze ans, il y a quelques jours. Il avait choisi le silence et la retraite. Il aurait, paraît-il, beaucoup écrit depuis la publication de sa dernière nouvelle, mais rien publié, charge à ses héritiers et éditeurs de faire paraître ou non cette oeuvre silencieuse.
Ce qui peut vous intéresser, c'est évidemment l'Attrappe-coeurs, qui est le roman d'une fugue mais aussi le roman de la jeunesse. Le héros, Holden Caulfield, se fait renvoyer du pensionnat de Pencey Prep. Il fait sa valise, en pleine nuit et regagne New-York où, de rencontre en rencontre, il découvre la vanité des adultes - vain (d'où vient le mot vanité) veut dire vide. Il profite de l'absence de ses parents pour rendre visite à sa petite soeur, Phoebé, dix ans, la seule personne qui, pour lui, compte vraiment.
Le titre du roman s'explique par le récit d'un rêve qu'Holden fait à Phoebé, il explique qu'il est le "catcher in the rye", (l'attrape coeur), le sauveur d'enfants que leur insouciance peut conduire à tomber d'une haute falaise (symboliquement l'âge adulte). Le rêve ne fait que confirmer les problèmes soulevés par le récit, ce que Holden redoute, c'est l'entrée dans l'âge adulte parce que les adultes n'ont rien à proposer, rien à donner, pas le moindre idéal.
On comprend dès lors, pourquoi l'Attrape-coeurs est un roman culte, il est le cri d'une jeunesse en manque d'idéaux qui refuse le monde prosaïque de la consommation et ne trouve d'échappatoire que dans la nostalgie de l'enfance.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire