vendredi 5 mars 2010

La Vie profonde

Nous avons plusieurs fois évoqué Anna de Noailles : voici un superbe poème dont le titre révèle la dimension philosophique. A méditer, par ailleurs : le rôle de l'infinitif dans ce poème. L'infinitif est le mode de l'universel - il permet d'exprimer une expérience que l'émetteur (l'auteur) estime universelle. On l'avait observé avec Florian (Le Voyage), Anna de Noailles le confirme ici.

Être dans la nature ainsi qu'un arbre humain,
Étendre ses désirs comme un profond feuillage,
Et sentir, par la nuit paisible et par l'orage,
La sève universelle affluer dans ses mains !

Vivre, avoir les rayons du soleil sur la face,
Boire le sel ardent des embruns et des pleurs,
Et goûter chaudement la joie et la douleur
Qui font une buée humaine dans l'espace !

Sentir, dans son coeur vif, l'air, le feu et le sang
Tourbillonner ainsi que le vent sur la terre.
- S'élever au réel et pencher au mystère,
Être le jour qui monte et l'ombre qui descend.

Comme du pourpre soir aux couleurs de cerise,
Laisser du coeur vermeil couler la flamme et l'eau,
Et comme l'aube claire appuyée au coteau
Avoir l'âme qui rêve, au bord du monde assise...

A. de Noailles, Le Coeur innombrable, 1901.
Ill. portrait de la comtesse de Noailles par P.A. de Laszlo.

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