dimanche 28 février 2010

Du bon usage du correcteur orthographique

Faisons un petit test : Vous sélectionnez, copiez puis collez le petit extrait d'Harry Potter ci-dessous, sur un document OpenOffice. Le texte contient vingt-huit fautes qu'à une première lecture le logiciel de correction ne corrige pas. Si vous demandez une correction orthographique, le logiciel repère certaines fautes mais ne vous propose pas nécessairement la bonne correction en premier choix.
Moralité : il vaut mieux faire confiance à ses propres capacités qu'au correcteur d'un logiciel de traitement de texte.


Le basilic avançais ver Harry, il entendait sont corp pesant rampé sur le sol poussiéreus. Les popières toujours fermés. Harry couru à l'aveuglète en suivant le mur, tes mains tendus devant lui. Jedusor éclatat de rire. Harry trébuchat. Il tombat brutalement sur le sol de pierre et sentit le goût du sans. Le serpent n'étez qu'à quelques mètres de lui, il l'entendait approché.
Il y eu alors un siflement sonore au-dessus de sa tête, comme si le serpent s'étais mis à craché, puis quelques chose de lour le frappa en le projettant brutalement contre le mur. Il s'attendez à sentir les crochès du reptile s'enfoncé dans son corp, mais il entendit d'autres sifflements furieus et des mouvements frénétics entre les pilliers.
J.K. Rowling, La Chambre des secrets, Folio-junior.

Les correcteurs s'améliorent, word 2010, propose désormais immédiatement la correction idoine pour les mots en rouge. Mais, regardez bien, il reste un nombre de fautes assez conséquent : (mars 2012)

Le basilic avançais ver Harry, il entendait sont corp pesant rampé sur le sol poussiéreus. Les popières toujours fermés. Harry couru à l'aveuglète en suivant le mur, tes mains tendus devant lui. Jedusor éclatat de rire. Harry trébuchat. Il tombat brutalement sur le sol de pierre et sentit le goût du sans. Le serpent n'étez qu'à quelques mètres de lui, il l'entendait approché.
Il y eu alors un siflement sonore au-dessus de sa tête, comme si le serpent s'étais mis à craché, puis quelques chose de lour le frappa en le projettant brutalement contre le mur. Il s'attendez à sentir les crochès du reptile s'enfoncé dans son corp, mais il entendit d'autres sifflements furieus et des mouvements frénétics entre les pilliers.
J.KRowlingLa Chambre des secretsFolio-junior

Ophélie vue par Rimbaud

Météore de la poésie française, Rimbaud compose toute sont oeuvre avant l''âge de vingt ans, ensuite fini! Il part explorer le monde, l'Europe, l'Arabie, l'Abyssinie dont il reviendra pour mourir en France à l'âge de 37 ans. "Ophélie", fait partie de ses poèmes de jeunesse et ne représente pas vraiment la modernité et le côté halluciné de ses grands textes comme une Saison en enfer mais c'est malgré tout un poème remarquable. Sur Rimbaud, voir lien ci contre.

Ophélie

Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles...
- On entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir;
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.

Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.

Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile:
- Un chant mystérieux tombe des astres d'or.

Ô pale Ophélia! belle comme la neige!
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté!
- C'est que les vents tombant des grands monts de Norvège
T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté;

C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure,
A ton esprit rêveur portait d'étranges bruits;
Que ton coeur écoutait le chant de la nature
Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits;

C'est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux;
C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux!

Ciel! Amour! Liberté! Quel rêve, ô pauvre folle!
Tu te fondais à lui comme une neige au feu:
Tes grandes visions étranglaient ta parole
- Et l'infini terrible effara ton oeil bleu !

- Et le poète dit qu'aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis,
Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.


Rimbaud, Poésies, 1895.
Ill. "Ophelia" par Arthur Hugues, illustrateur anglais du XIXe.

samedi 27 février 2010

L'étrange secret de St Austell

Un autre échange de lettres intéressant, les auteurs ont choisi la veine fantastique et le résultat est plutôt convaincant :



St Austell, le 23 mai 1921


Mon cher Grand-père,

Comme vous le savez déjà, nous venons d’emménager dans notre nouvelle maison de St Austell. Papa et maman s’en réjouissent car la maison est très grande, spacieuse et le jardin est bien entretenu. Mais moi elle m’effraie un peu. Déjà le ciel me fait peur ; à St Austell il ne fait jamais beau, le temps est toujours gris ce qui y donne une atmosphère très lugubre. Il y a aussi cette pièce, ce grenier qui est toujours fermé à clef car l’ancien propriétaire avez déconseillé à mes parents d’y entrer en disant que le parquet risquerait de s’effondrer. La nuit, ce parquet fait du bruit, il grince, et même si on tend bien l’oreille on y entend des bruits de pas. Mais ce qui m’effraie le plus, c’est cette pierre, cette tombe tout au fond du jardin, dissimulée par des ronces où l’on peut y lire clairement « Jonh Colton » gravé dans la pierre .
Grand-Père je sais que vous devez vous dire que je suis trop superstitieuse mais croyez-moi cette maison n’a rien d’anodine.

Votre bien aimée petite fille
Amely


Londres, le 15 Août 1921


Ma très chère Amely,

Comme je te l’ai toujours dit, je ne suis pas favorable à cet emménagement. Mais là n’est pas le problème. Je ne pense pas qu’il faille s’inquiéter, les bruits de pas que tu entends ne doivent être que les pas d’un chat ou même d’une souris. Pour la tombe ne craint rien ; au fil du temps les ronces ont dût s’y installer. Il faudra juste demander à votre jardinier de la nettoyer et tu n’auras plus jamais peur d’elles.
Je te remercie de m’avoir parlé de tes craintes.

Affectueusement,
Ton grand-Père.


St Austell, le 5 janvier 1922
Grand-Père j’ai peur !

Vous m’aviez rassuré et je vous remercie car mes craintes c’étaient un peu apaisées. Mais j’ai encore entendu ces bruits de pas dans le grenier. Alors la nuit de la St Sylvestre, pendant que papa et maman discutaient avec leurs amis, j’ai pris la clé qui ouvre le vieux grenier. Et lorsque j’ai poussé la porte, je n’ai vu d’abord que des meubles recouverts de vieux draps blancs. Puis un vase intacte, sans aucune poussière. Et soudain, j’ai senti une présence. Tout à coup, j’ai entendu le vase tombé. Alors j’ai claqué la porte et je l’ai bien refermé pour ne pas laisser d’espace ; j’ai eu peur de ce qui aurait pu en sortir.
Mais ce n’est pas tout, j’ai suivi vos conseils en arrachant les ronces avec l’aide de notre jardinier. La tombe était bien propre. Mais le lendemain, quand je suis allée dans le jardin, les ronces était revenues.
Toutes ces choses sont si étranges.
Je vous envoie mon affection.
Amely


Londres, le 4 février 1922


Amely,

Depuis que j’ai lu ta lettre, je suis partagé entre deux choix. En fin de compte, je me suis décidé pour le deuxième : celui de te dire la vérité.
En fait, le manoir a toujours appartenu à notre famille. J’y suis né et j’y ai vécu pendant toute ma jeunesse. Lorsque j’avais à peu près ton âge, notre jardinier John Colton, est mort de façon très mystérieuse. Nous l’avions découvert mort dans le grenier aménagé où il logeait. Il avait été démembré et gisait sur le sol. Nous l’avons enterré au fond du jardin qu’il aimait tant. Depuis ce jour funeste, des évènements étranges se produisent dans le manoir. Je ne te les raconte pas car ce sont exactement les mêmes phénomènes que ce que tu m’as raconté dans tes lettres. Nous décidâmes de quitter notre maison le jour où notre bonne fut retrouvé morte dans le grenier après l’avoir nettoyé. Le plus étrange, c’est qu’elle est morte exactement comme John, au même endroit, et, portant les mêmes vêtements.
Je te demande ma chère petite- fille, de quitter cet horrible endroit et de ne plus jamais y remettre les pieds !
Prends bien soin de toi.
Ton grand-père chéri.
Plymouth, le 20 mars 1922


C’est bon Grand-Père,

La maison de St Austell n’est plus qu’un lointain souvenir. Nous avons en effet déménagé à Plymouth dans un petit appartement en centre ville.
Il faut dire que les évènements commençaient à prendre une tournure très inquiétante. Comme vous le savez ma petite sœur Daisy est arrivée dans notre famille le 19 février. Daisy est un ange, un magnifique bébé et elle est très malicieuse. Elle a prit place dans mon ancienne chambre et moi je suis allée dans la pièce qui se situe sous le grenier.
Un soir, alors que je lisais tranquillement dans mon lit, j’ai entendu des gouttes tomber sur le sol. J’ai regardé, intriguée, ce qui tombait. Du sang, c’était du sang ! Je me suis mise à crier, au bord de la crise d’hystérie. Papa accouru aussitôt et lui aussi vit le sang. Sans réfléchir, il monta aussitôt au grenier, enfonça la porte et explora la pièce grâce à la lumière de la pleine lune. Incroyable, c’était le vase qui saignait. Un vase qui saigne tout seul !!!
Pris de panique, papa me prit dans ses bras et alla réveiller le reste de la maison. Nous fîmes immédiatement nos bagages pour rejoindre l’hôtel le plus proche. Nous avons peu dormi cette nuit là, terrifiés par ce spectacle.
Dès le lendemain matin, papa et maman ont entrepris le démarches pour trouver un nouveau logement. Leur choix s’est arrêté sur un magnifique appartement dans une résidence du centre ville. La bonne est ravie car c’est moins grand que le manoir et le jardinier a pu se faire embaucher pour entretenir l e parc de notre nouvelle résidence. Il logera avec nous et aidera la bonne pour l’entretien de notre nouveau logis.
Papa a également contacté les autorités de la ville pour faire démolir sans tarder le manoir. Il est temps de mettre fin à cette macabre affaire.
Je suis contente de notre nouvelle vie et j’espère que vous nous ferez le plaisir de nous rendre bientôt une petite visite.
Recevez toute mon affection.

Amely
Aurore et Marie-Astrid, 4e2

Ophélie


John Everett Millais (1829-1896) est un peintre anglais. Il fait partie du mouvement préraphaélite, un groupe de peintres anglais, ainsi nommé parce qu'il veulent retrouver la manière de peindre des peintres de la renaissance italienne, d'avant Raphaël.

Parmi ses oeuvres nombreuses, quelques tableaux exceptionnels dont Ophélie (1852) et Les Feuilles mortes (1856). L'histoire de la création d'Ophélie et de son modèle, Elizabeth Sidal, qui servit de muse aux préraphaélites nous est racontée dans un très beau roman de Philippe Delerm, Autumn - en Folio.

Hamlet

Pièce de Shakespeare publiée en 1603, jouée probablement quelques années auparavant par la troupe du génialissime dramaturge.
Le cadre : Elseneur, imposante forteresse danoise.

Le sujet : le prince Hamlet entrevoit, sur les remparts d'Elseneur, le fantôme de son père qui le charge de retrouver ses assassins, son frère Claudius (actuel souverain) et sa propre femme (la reine Gertrude, remariée à Claudius). Hamlet se met à simuler la folie, causant le désespoir de ses proches et tout particulièrement celui d'Ophélie sa fiancée. Lors d'une entrevue avec sa mère, Hamlet tue Polonius (le père d'Ophélie) qui, caché derrière un rideau épiait leur conversation. Ophélie sombrera dans la folie et se suidera en se noyant...

Nous n'en sommes pas encore au dénouement et l'hécatombe n'est pas finie.

La pièce est l'un des chefs-d'oeuvre de Shakespeare, elle contient des passages d'anthologie dont le célèbre : "To be or not to be..." Elle a inspiré de nombreux artistes, des peintres notemment, Delacroix, Millais... et des dramaturges. E.E. Scmitt en a proposé une réécriture récente avec Golden Joe.

vendredi 19 février 2010

Eluard et l'anaphore


Avec l'anaphore, Eluard commet des poèmes d'une grande simplicité et d'une grande musicalité. L'anaphore, en début de vers provoque une sorte de rime inversée. Exemple :








Je t'aime pour toutes les femmes que je n'ai pas connues
Je t'aime pour tous les temps où je n'ai pas vécu
Pour l'odeur du grand large et l'odeur du pain chaud
Pour la neige qui fond pour les premières fleurs
Pour les animaux purs que l'homme n'effraie pas
Je t'aime pour aimer
Je t'aime pour toutes les femmes que je n'aime pas

Qui me reflète sinon toi-même je me vois si peu
Sans toi je ne vois rien qu'une étendue déserte
Entre autrefois et aujourd'hui
Il y a eu toutes ces morts que j'ai franchies sur de la paille
Je n'ai pas pu percer le mur de mon miroir
Il m'a fallu apprendre mot par mot la vie
Comme on oublie

Je t'aime pour ta sagesse qui n'est pas la mienne
Pour la santé
Je t'aime contre tout ce qui n'est qu'illusion
Pour ce cœur immortel que je ne détiens pas
Tu crois être le doute et tu n'es que raison
Tu es le grand soleil qui me monte à la tête
Quand je suis sûr de moi.

Eluard, Capitale de la douleur, 1924.
Ill. , portrait d'Eluard par Picasso.

lundi 15 février 2010

Le Corbeau d'Edgar Poë


Once upon a midnight dreary, while I pondered, weak and weary,
Over many a quaint and curious volume of forgotten lore,
While I nodded, nearly napping, suddenly there came a tapping,
As of some one gently rapping, rapping at my chamber door.
"'Tis some visitor", I muttered, "tapping at my chamber door —
Only this, and nothing more." […]

Back into the chamber turning, all my soul within me burning,
Soon again I heard a tapping somewhat louder than before.
"Surely," said I, "surely that is something at my window lattice:
Let me see, then, what thereat is, and this mystery explore —
Let my heart be still a moment and this mystery explore; —
'Tis the wind and nothing more."

Open here I flung the shutter, when, with many a flirt and flutter,
In there stepped a stately raven of the saintly days of yore;
Not the least obeisance made he; not a minute stopped or stayed he;
But, with mien of lord or lady, perched above my chamber door —
Perched upon a bust of Pallas just above my chamber door —
Perched, and sat, and nothing more.

Then this ebony bird beguiling my sad fancy into smiling,
By the grave and stern decorum of the countenance it wore.
"Though thy crest be shorn and shaven, thou," I said, "art sure no craven,
Ghastly grim and ancient raven wandering from the Nightly shore —
Tell me what thy lordly name is on the Night's Plutonian shore!"
Quoth the Raven, "Nevermore."

"Prophet!" said I, "thing of evil! — prophet still, if bird or devil! —
Whether Tempter sent, or whether tempest tossed thee here ashore,
Desolate yet all undaunted, on this desert land enchanted —
On this home by horror haunted — tell me truly, I implore —
Is there — is there balm in Gilead? — tell me — tell me, I implore!"
Quoth the Raven, "Nevermore." […]

"Prophet!" said I, "thing of evil — prophet still, if bird or devil!
By that Heaven that bends above us — by that God we both adore —
Tell this soul with sorrow laden if, within the distant Aidenn,
It shall clasp a sainted maiden whom the angels name Lenore —
Clasp a rare and radiant maiden whom the angels name Lenore."
Quoth the Raven, "Nevermore."

"Be that word our sign in parting, bird or fiend," I shrieked, upstarting —
"Get thee back into the tempest and the Night's Plutonian shore!
Leave no black plume as a token of that lie thy soul hath spoken!
Leave my loneliness unbroken! — quit the bust above my door!
Take thy beak from out my heart, and take thy form from off my door!"
Quoth the Raven, "Nevermore."

And the Raven, never flitting, still is sitting, still is sitting
On the pallid bust of Pallas just above my chamber door;
And his eyes have all the seeming of a demon's that is dreaming,
And the lamplight o'er him streaming throws his shadow on the floor;
And my soul from out that shadow that lies floating on the floor
Shall be lifted — nevermore!


Edgar A. Poe, "The Raven", New York Evening Mirror, 29/01/1945.


Une fois, par un minuit lugubre, tandis que je m’appesantissais, faible et fatigué, sur maint curieux et bizarre volume de savoir oublié, — tandis que je dodelinais la tête, somnolant presque, soudain se fit un heurt, comme de quelqu’un frappant doucement, frappant à la porte de ma chambre, — cela seul et rien de plus. […]

Rentrant dans la chambre, toute mon âme en feu, j’entendis bientôt un heurt en quelque sorte plus fort qu’auparavant. « Sûrement, dis-je, sûrement c’est quelque chose à la persienne de ma fenêtre. Voyons donc ce qu’il y a et explorons ce mystère ; — que mon cœur se calme un moment et explore ce mystère : c’est le vent et rien de plus. »

Au large je poussai le volet, quand, avec maints enjouement et agitation d’ailes, entra un majestueux corbeau des saints jours de jadis. Il ne fit pas la moindre révérence, il ne s’arrêta ni n’hésita un instant : mais, avec une mine de lord ou de lady, se percha au-dessus de la porte de ma chambre, — se percha sur un buste de Pallas, juste au-dessus de la porte de ma chambre — se percha, siégea et rien de plus.

Alors cet oiseau d’ébène induisant ma triste imagination au sourire, par le grave et sévère décorum de la contenance qu’il eut : « Quoique ta crête soit chenue et rase, non ! dis-je, tu n’es pas pour sûr, un poltron, spectral, lugubre et ancien Corbeau, errant loin du rivage de Nuit — dis-moi quel est ton nom seigneurial au rivage plutonien de Nuit. » Le Corbeau dit : « Jamais plus. » […]

« Prophète, dis-je, être de malheur ! prophète, oui, oiseau ou démon ! Que si le Tentateur t’envoya ou la tempête t’échoua vers ces bords, désolé et encore tout indompté, vers cette déserte terre enchantée, — vers ce logis par l’horreur hanté : dis-moi véritablement, je t’implore ! y a-t-il du baume en Judée ? — Dis-moi, je t’implore. » Le Corbeau dit : « Jamais plus ! »


« Prophète, dis-je, être de malheur, prophète, oui, oiseau ou démon ! Par les cieux sur nous épars, — et le Dieu que nous adorons tous deux, — dis à cette âme de chagrin chargée si, dans le distant Éden, elle doit embrasser une jeune fille sanctifiée que les anges nomment Lénore, — embrasser une rare et rayonnante jeune fille que les anges nomment Lénore. » Le Corbeau dit : « Jamais plus ! »


« Que ce mot soit le signal de notre séparation, oiseau ou malin esprit », hurlai-je en me dressant. « Recule en la tempête et le rivage plutonien de Nuit ! Ne laisse pas une plume noire ici comme un gage du mensonge qu’a proféré ton âme. Laisse inviolé mon abandon ! quitte le buste au-dessus de ma porte ! ôte ton bec de mon cœur et jette ta forme loin de ma porte ! » Le Corbeau dit : « Jamais plus ! »


Et le Corbeau, sans voleter, siège encore, — siège encore sur le buste pallide de Pallas, juste au-dessus de la porte de ma chambre, et ses yeux ont toute la semblance des yeux d’un démon qui rêve, et la lumière de la lampe, ruisselant sur lui, projette son ombre à terre : et mon âme, de cette ombre qui gît flottante à terre, ne s’élèvera — jamais plus.


"Le Corbeau", trad. de Stéphane Mallarmé, 1875.


Ill. d'Edouard Manet pour l'édition Richard Lesclide de 1875.

Edgar Allan Poë

Edgar Poë (1809-1849) a eu, sur la littérature moderne, une très grande influence.
Il est le père du récit policier avec les nouvelles qui mettent en scène le détective Dupin, sorte d'ancètre de Sherlock Holmes dont les talents d'observation s'avèrent incomparables. Double assassinat dans la rue Morgue, par exemple, est le premier problème de chambre close offert à la curiosité du public, la nouvelle inspirera John Dickson Carr et Gaston Leroux.
Poë explore par ailleurs tous les grands thèmes du fantastique, et construit un univers surprenant et morbide qui reste étonemment moderne. Si vous n'en lisez que deux, précipitez-vous sur le Chat noir et la Chute de la maison Usher, deux contes qui figurent dans le recueil traduit par Baudelaire, Les Nouvelles histoires extraordinaires. Le narrateur du Chat noir, pris de folie pend son chat. Commence alors pour lui un interminable cauchemar qui le conduira au bout de l'horreur. Quant au narrateur de la maison Usher qui vient rendre visite à son vieil ami, quelle n'est pas sa surprise quand il le découvre presqu'agonisant en compagnie de sa soeur, tous deux frappés par une sorte de malédiction qui s'étend sur la maison et ses alentours.
Poe est est extraordinaire conteur et les traductions de Baudelaire sont magnifiques.
On peut distinguer enfin, dans son oeuvre, un certains nombre de contes qui préfigurent la fantasy moderne (Le Masque de la Mort rouge - plus bas sur ce blog ou Hop Frog...) : l'action s'y déroule dans des contrées totalement imaginaires et le surnaturel, vengeur, semble aller de soi. Edgar Poê est indiscutablement un grand écrivain dont l'oeuvre dépaysante, moderne et profonde, donne de l'homme une vision pessimiste et annonce les grandes tendance de l'imaginaire occidental.
Edgar Poë n'eut pas le succès qu'il méritait et sa vie fut marquée par la malchance et le malheur. L'une de ses oeuvres retint néanmoins l'attention : "Le Corbeau", long poème philosophique qui enthousiasma les lecteurs du New York Evening Post.

mercredi 10 février 2010

Ella l'ensorcelée

« Mon cadeau sera l'obéissance. Ella sera toujours obéissante. Et maintenant, arrête de pleurer, mon enfant.
« Je m'arrêtai. »
Écrit en 1997, Ella l'ensorcelée est représentatif d'une évolution contemporaine du livre pour la jeunesse, détournant très librement les contes de fées classiques, il les réactualise, souvent en leur ajoutant une pointe d’humour [...]. Le passage cité, extrait des toutes premières phrases du roman, ne laisse subsister aucun doute sur les intentions de l'auteur, Gail Carson Levine : décrire, par le biais d'une transposition du conte, la condition de la fille, depuis sa naissance jusqu'à sa révolte et sa libération. Pleure, Ella, mon enfant : comme toutes les petites filles, tu es destinée à te soumettre et à obéir.
Mêlant des éléments de divers contes de fées, Ella l'ensorcelée débute par la reprise tie La Belle au bois dormant : sur le berceau de la petite Ella, se penche la fée Lucinda, si stupide que, voulant faire le bonheur de la fillette, elle construit son malheur : une heure après sa naissance, le temps qu'on s'aperçoive qu'elle est une fille et qu'on prenne les dispositions nécessaires, Ella se voit condamnée à faire vœu d'obéissance. Devenue plus grande, Ella se transforme en une Cendrillon martyrisée par sa belle-mère et ses demi-sœurs, toutes trois cupides et méchantes, qui ont découvert son secret et la font céder à leurs moindres caprices. La jeune fille n'aura de cesse de trouver Lucinda, afin qu'elle rompe l'ensorcellement. Malheureusement, d'abord introuvable, Lucinda s'avère ensuite totalement inefficace, et Ella ne devra compter que sur elle-même pour se débarrasser du sort d'obéissance qu'on lui a jeté.

Isabelle Smadja, Le Temps des filles, PUF, 2004.

Niveau : 6e-5e

vendredi 5 février 2010

Pure, I was...

Pure I was before the world began,

PureI 1 was before the world began,
I was the violence of wind and wave,
I was the bird before bird ever sang.

I was never still,
I turned upon the axis of my joy,
I was the lonely dancer on the hill,

The rain upon the mountainside,
The rising mist,
I was the sea's unrest.

1 wove the web of colour
Before the rainbow,
The intricacy of the flower
Before the leaf grew.

I was the buried ore,
The fossil forest.
I knew the roots of things ;
Before death’s kingdom
I passed through the grave.

Times out of mind my journey
Circles the universe
And I remain
Before the first day.


Pure, avant le commencement du monde,

Pure, avant le commencement du monde,
J’étais la violence du vent et de la vague,
J’étais l’oiseau avant que nul oiseau ne chante,

Je n’ai jamais été immobile,
Je tournai sur l’axe de ma joie,
J’étais la danseuse solitaire sur la colline,

La pluie au flanc de la montagne,
La brume qui se lève,
J’étais le tourment de la mer,

J’ai tissé la toile de couleur
Avant l’arc en ciel,
Le Labyrinthe de la fleur,
Avant que ne pousse la feuille,

J’étais la pierre enfouie,
Le fossile de la forêt,
J’ai connu la racine des choses ;
Avant le royaume de la mort
Je suis passée par la tombe.

Pendant des temps immémoriaux mon voyage
Fait le tour de l’univers
Et je demeure
Avant le premier jour.

Kathleen Raine, Le premier jour, trad. de F.X. Jaujard, Granit, 1980.

L'attribut

1. L'attribut désigne une qualité, une propriété d'un sujet ou d'un COD . Il peut aussi présenter un rapport d'identité, avec le sujet.

Cet élève est un un véritable boulet.
Sujet0000000000attribut du sujet
La télé l' a rendu idiot.
°°°°°°°°°COD°°°°°°°attribut du COD

2. L'attribut du sujet est introduit par
Les verbes d’état : être, paraître, sembler, devenir, rester, demeurer, passer pour, avoir l’air…
Marine semble bien jeune !
Certains verbes intransitifs : naître, vivre, mourir, tomber, partir, arriver, venir, revenir…
Alice est revenue mécontente de son cours de danse.
Certains verbes à la voix passive : être nommé, être élu, être considéré, être jugé, être rendu…
Angèle a été élue délégué de classe.
Certains verbes pronominaux : s’appeler, se révéler, se sentir…
Matthieu s’est révélé efficace.

3. Construction de l'attribut du sujet
Il s'agit généralement d'une construction directe (sans préposition).
La classe, après le passage des 4e 7, était une porcherie.
Mais l'on trouve parfois en position d'attribut un GN prépositionnel.
Le contrôle sur la poésie leur semblait d'une difficulté extraordinaire.

4. L'attribut du COD

Sa nature : il s'agit d'un adjectif, d'un participe ou d'un croup adjectival.
J'ai trouvé le devoir de Margaux passionnant.
Ce peut être aussi un nom ou un GN.
On a surnommé François, le "grognon".

Les verbes qui introduisent l'attribut du COD sont évidemment des verbes transitifs mais aussi certains verbes pronominaux.
Je crois Clémence attentive. (transitif)
Hadrien se trouve assez savant. (pronominal)

mercredi 3 février 2010

Salinger, la mort d'un écrivain de génie

Il est des écrivains qui se font un nom autour d'un roman et d'un seul. Un roman culte qui, comme un éclair, illumine l'histoire littéraire. Les Liaisons dangereuses (Laclos), Le grand Meaulnes (Alain-Fournier), Le Guépard (Lampedusa).
Salinger était de ceux-là. Un roman emblématique, L'Attrape-Coeurs, publié en 1951, quelques nouvelles puis plus rien. L'écrivain est mort à quatre-vingt-onze ans, il y a quelques jours. Il avait choisi le silence et la retraite. Il aurait, paraît-il, beaucoup écrit depuis la publication de sa dernière nouvelle, mais rien publié, charge à ses héritiers et éditeurs de faire paraître ou non cette oeuvre silencieuse.
Ce qui peut vous intéresser, c'est évidemment l'Attrappe-coeurs, qui est le roman d'une fugue mais aussi le roman de la jeunesse. Le héros, Holden Caulfield, se fait renvoyer du pensionnat de Pencey Prep. Il fait sa valise, en pleine nuit et regagne New-York où, de rencontre en rencontre, il découvre la vanité des adultes - vain (d'où vient le mot vanité) veut dire vide. Il profite de l'absence de ses parents pour rendre visite à sa petite soeur, Phoebé, dix ans, la seule personne qui, pour lui, compte vraiment.
Le titre du roman s'explique par le récit d'un rêve qu'Holden fait à Phoebé, il explique qu'il est le "catcher in the rye", (l'attrape coeur), le sauveur d'enfants que leur insouciance peut conduire à tomber d'une haute falaise (symboliquement l'âge adulte). Le rêve ne fait que confirmer les problèmes soulevés par le récit, ce que Holden redoute, c'est l'entrée dans l'âge adulte parce que les adultes n'ont rien à proposer, rien à donner, pas le moindre idéal.
On comprend dès lors, pourquoi l'Attrape-coeurs est un roman culte, il est le cri d'une jeunesse en manque d'idéaux qui refuse le monde prosaïque de la consommation et ne trouve d'échappatoire que dans la nostalgie de l'enfance.