jeudi 18 mars 2010

Les expansions du nom

1/ Le groupe nomminal
Le groupe nominal est un groupe organisé autour d'un nom. Le déterminant vient donner, sur le nom une précision d'ordre grammatical (genre, possesseur...) l'(les) expansion(s) permettent de préciser la détermination.

Ex : Dans le GN "un bonnet", le nom bonnet n'est pas déterminé.
Mais dans le GN, "le bonnet de Cédric", vous comprenez immédiatement que le bonnet dont il est question est l'horrible chose qui dissimule la coiffure de Cédric.

2/ Les expansions

On en distingue généralement quatre :

A. L’adjectif épithète, placé à côté du nom qu’il qualifie (souvent après).
Ex. : Un sac rose, "rose" est un adjectif qualificatif épithète de sac.
ATTENTION : l'adjectif épithète peut être éloigné du nom qu'il qualifie.
Enervée, parce qu'on lui avait pris son sac, Lucie s'est mise à courir dans le couloir.
"Enervée" est une épithère détachée de Lucie, certaines grammaire disent de cet adjectif qu'il est apposé.

B. Le complément du nom est, quant à lui, introduit par une préposition et invariablement placé après le nom.
Ex. Le bonnet de Cédric.
Le complément du nom peut lui-même être déterminé par un complément du nom.
Ex. Le carnet de liaison de Lucie.

C. La subordonnée relative est une proposition introduite par un pronom relatif.
Liste des pronoms relatifs : qui, que, quoi, dont, où, lequel et ses dérivés (laquelle, duquel, desquelles...)
Ex: Les filles qui ont consulté google map ont compris qu'elles allaient loger dans un clapier. La subordonnée "qui ont consulté google map" précise le nom "fille".

D. L'apposition
Sera abordée plus tard.

samedi 13 mars 2010

Les fonctions essentielles

Toujours problématiques les fonctions.

Comment expliquer ça simplement?

Vous chercher la fonction d'un mot ou d'un groupe de mot, vous cherchez le rôle qu'il joue dans la phrase. Donc, sauf si la phrase se limite à un mot, ces mots dont vous cherchez la fonction jouent un rôle les uns par rapport aux autres.

Il y a, dans la phrase, des fonctions essentielles.

Prenez une phrase comme : Mathilde a giflé.

Vous sentez bien qu'il manque quelque chose à cette phrase. Sans compter que vous avez envie de savoir qui elle a giflé.

Ce petit exemple vous montre que ce qui fait défaut dans cette phrase est un mot dont on ne peut pas se passer.
Mathilde a giflé Charlotte.
Nous voici avec une phrase beaucoup mieux construite et qui nous fait comprendre que le verbe "gifler" avait absolument besoin de Charlotte pour sa construction.

En conséquence si l'on vous demande: "quelle est la fonction de Charlotte?" Vous ferez attention : il faut répondre : "COD" de "a giflé" (ou du verbe "gifler"). Vous mettez ainsi "Charlotte" en relation avec le verbe. Ce qui est logique quand on vous demande de trouver une fonction puisqu'une fonction est une mise en relation.

Si l'on récapitule : quelles sont les fonctions essentielles? Nous aurons

Le sujet : la phrase, "a gifflé Charlotte", serait elle aussi boiteuse, il nous faut, cette fois-ci absolument "Mathilde" qui est évidemment le sujet.

Le COD, on l'a vu.

Le COI : imaginez une phrase comme "Rachel parle à", voilà une phrase sans intérêt et en plus je suis sûr que vous voudrez savoir à qui parle Rachel. Et bien, nous dirons qu'elle parle à Tabatha. Et voilà Tabatha devenue touta aussi indispensable au verbe parler que Charlotte ne l'était au verbe gifler. Tabatha est donc COI de parler, parce qu'introduite par la préposition "à".

Relèvent également des fonctions essentielles le COS (parfois), l'attribut et certains CCL. Essayez de priver les phrases ci-dessous des groupes en gras.

Le professeur a privé Rachel de son stylo (COS du verbe priver).

Elle n'est pas très contente (attribut du sujet "Elle").

Mais elle ira quand même en Angleterre (CCL du verbe "aller").


dimanche 7 mars 2010

La poésie lyrique

I. Définition
Le lyrisme est habituellement défini comme l’expression du sentiment personnel, de l’émotion. Le terme vient du mot « lyre », instrument dont se servait l’aède (poète chanteur de l’antiquité), pour accompagner son chant.

II. L’expression du sentiment personnel

A. Un sentiment personnel ?
La poésie lyrique, si elle est, expression du sentiment personnel, met en place un "je", émetteur, éventuellement un "tu" destinataire et l’expression de sentiments qui se donnent à lire comme fruit de l’expérience affective.
Mais, « je » renvoie-t-il nécessairement au poète ? Le cas des poèmes de « Sur la mort de Marie » offre un exemple intéressant, prenons les tercets d’un sonnet bien connu :

Ainsi en ta première et jeune nouveauté,
Quand la Terre et le Ciel honoraient ta beauté,
La Parque t'a tuée, et cendre tu reposes.

Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs,
Ce vase pleine de lait, ce panier plein de fleurs,
Afin que vif et mort ton corps ne soit que roses.

Ronsard, « Comme on voit sur la branche… », Second livre des Amours.

La première strophe fait ressortir l’injustice de la mort qui emporte Marie, trop jeune. La suivante évoque les sentiments du poète, tristesse et désir de rendre un hommage ultime. Or l’on sait qu’il n’y a rien de personnel en ce poème puisqu’il s’agit d’une œuvre de commande destinée, à la demande du roi Henri III, à célébrer Marie de Clèves. Et pourtant, l’œuvre est lyrique. Certains objecteront que Ronsard y a transposé ses propres affects.
Il importe peu de savoir finalement si le « je » est authentique, si les sentiments exprimés sont réels ou non. Dans son acception traditionnelle, l’œuvre lyrique pose l’expression d’une émotion d’un sentiment auxquels le lecteur peut confronter sa propre expérience humaine.

B. La gamme des sentiments
S’il est impossible de recenser tous les thèmes lyriques, il est aisé de constater que la poésie lyrique se nourrit d’un certain nombre de motifs (topos littéraires) : amour, deuil et mélancolie constituent une sorte de gamme des sentiments auxquels la poésie accorde un intérêt particulier, sans doute en raison de leur universalité :
a. L'amour
L’amour est un motif lyrique particulièrement récurrent, son intensité conduit à une expérience de la plénitude qui trouve avec la poésie un mode d’expression idéal :
J’étais à toi peut-être avant de t’avoir vu.
Ma vie, en se formant, fut promise à la tienne ;
Ton nom m’en avertit par un trouble imprévu,
Ton âme s’y cachait pour éveiller la mienne.
Marceline Debordes-Valmore, « Elégie », Elégies et romances.
A l’idéale fusion du « je » et du « tu », s’oppose l’amour vécu en solitaire, feu qui consume sans aboutir à la fusion rêvée :
J'ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé,
Couché avec ton fantôme
Qu'il ne me reste plus peut-être,
Et pourtant, qu'a être fantôme
Parmi les fantômes et plus ombre
Cent fois que l'ombre qui se promène

Robert Desnos, « J'ai tant rêvé de toi », Corps et biens.
b. deuil et mélancolie
La perte de l’amour, la perte de l’être cher conduisent au deuil, constat de l’irréparable comme dans, Le temps déborde d’Eluard .
Parce qu’il résulte d’une dépossession soudaine, le deuil est l’une des manifestations de la mélancolie dont l’expression constitue un thème majeur de la poésie lyrique.
Du Bellay, exprime dans les Regrets ce sentiment de malaise diffus lié à la perte, c’est le sentiment de la nostalgie. Chez les romantiques le malaise prend la forme du « Mal du siècle », sentiment de vague mélancolie :
J'ai perdu ma force et ma vie,
Et mes amis et ma gaieté;
J'ai perdu jusqu'à la fierté
Qui faisait croire à mon génie.
Musset, « Tristesse », Poésies nouvelles.

La mélancolie prendra la forme paroxystique du « spleen » chez Baudelaire qui se plait à cultiver les métaphores de l’extrême :
Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

- Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.!
Baudelaire, « Spleen », Les Fleurs du Mal.

C. L’expression lyrique
L’écriture lyrique, cherchant à communiquer l’émotion, use de procédés récurrents, dont il est impossible de dresser l’inventaire complet :
La syntaxe lyrique passe souvent par l’utilisation de l’exclamation qu’il s’agisse de célébrer ou de manifester le sentiment dans sa plénitude :
Ô beaux yeux bruns, ô regards détournés
Ô chauds soupirs, ô larmes épandues,
Ô noires nuits vainement attendues
Ô jours luisants vainement retournés !

Louise Labé, « Ô beaux yeux bruns… » Sonnets.
Le lyrisme recourt aussi volontiers aux figures de l’insistance qui permettent de porter l’accent sur l’intensité du sentiment :
Ah comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah comme la neige a neigé !
Qu'est-ce que le spasme de vivre
Ah la douleur que j'ai que j'ai !
Nelligan, « Soir d’hiver », Poésies complètes.
Le pléonasme (« la neige a neigé ») transcrit l’irrémédiable constat, l'hiver est là, porteur de mort.
L’écriture lyrique est donc, à l’image de la vie dont elle traduit la diversité des sentiments, d’une extrême variété.
Ill. Orphée, va chercher Euridyce aux Enfers, Edmund Dulac, 1934.

Les Images

I. Définition
Les images sont des figures de style qui consistent à opérer une comparaison entre deux éléments (le comparé et le comparant), sur la base d’un élément commun (l’élément de comparaison) qui précise l’analogie.


II. La comparaison
La comparaison est la plus explicite des images, elle repose généralement sur quatre éléments : le comparé et le comparant, un outil, qui manifeste le rapport de ressemblance, et un élément de comparaison :
La femme cependant, de sa bouche de fraise,
En se tordant, ainsi qu’un serpent sur la braise,
Baudelaire, « Les Métamorphoses du vampire », Les Fleurs du Mal,
Dans cette comparaison de Baudelaire, les quatre éléments sont explicitement signalés dans la phrase :
Terme comparé : la femme
;
élément de comparaison : se tordant;
outil de comparaison : ainsi qu';
terme comparant : un serpent sur la braise .

III. La Métaphore
La métaphore pourrait se définir comme une comparaison elliptique, le langage faisant l’économie de l’une des composantes à l’œuvre dans la comparaison.
L’élément de comparaison, par exemple peut ne pas être évoqué :
Yeux, lacs avec ma simple ivresse de renaître
Mallarmé, « Le Pitre châtié », Poésies.
L’imagination peut alors se déployer : est-ce la couleur des yeux qui inspire la métaphore ? Leur éclat ? Le sentiment amoureux éprouvé par le poète qui se manifeste dans l’ivresse pressentie d’une renaissance ?
La Métaphore filée
Lorsque la métaphore s’étend et multiplie les éléments de comparaison, on parle de métaphore filée :
Si ton âme enchaînée, ainsi que l'est mon âme,
Lasse de son boulet et de son pain amer,
Sur sa galère en deuil laisse tomber la rame,
Penche sa tête pâle et pleure sur la mer,
Vigny, « La Maison du berger », « Lettre à Eva », Les Destinées.
La comparaison de l’âme à un galérien fatigué s’élabore d’abord de façon allusive pour ensuite se déployer de manière à suggérer l’épuisement et le découragement.

IV. La personnification
Il s’agit en fait d’une métaphore dont le comparant (un être animé) est simplement suggéré.
La lune peignait ses cheveux avec un démêloir d'ébène qui argentait d'une pluie de vers luisants les collines, les prés et les bois.
Aloysius Bertrand, « Le Fou », Gaspard de la nuit.
La personnification de la lune en femme peignant ses cheveux permet d’amorcer une métaphore qui joue de l’aspect fluide des cheveux.

vendredi 5 mars 2010

La Vie profonde

Nous avons plusieurs fois évoqué Anna de Noailles : voici un superbe poème dont le titre révèle la dimension philosophique. A méditer, par ailleurs : le rôle de l'infinitif dans ce poème. L'infinitif est le mode de l'universel - il permet d'exprimer une expérience que l'émetteur (l'auteur) estime universelle. On l'avait observé avec Florian (Le Voyage), Anna de Noailles le confirme ici.

Être dans la nature ainsi qu'un arbre humain,
Étendre ses désirs comme un profond feuillage,
Et sentir, par la nuit paisible et par l'orage,
La sève universelle affluer dans ses mains !

Vivre, avoir les rayons du soleil sur la face,
Boire le sel ardent des embruns et des pleurs,
Et goûter chaudement la joie et la douleur
Qui font une buée humaine dans l'espace !

Sentir, dans son coeur vif, l'air, le feu et le sang
Tourbillonner ainsi que le vent sur la terre.
- S'élever au réel et pencher au mystère,
Être le jour qui monte et l'ombre qui descend.

Comme du pourpre soir aux couleurs de cerise,
Laisser du coeur vermeil couler la flamme et l'eau,
Et comme l'aube claire appuyée au coteau
Avoir l'âme qui rêve, au bord du monde assise...

A. de Noailles, Le Coeur innombrable, 1901.
Ill. portrait de la comtesse de Noailles par P.A. de Laszlo.

jeudi 4 mars 2010

Quand le docteur devient pasteur...

Little Women, un roman culte ! Je crois qu'il n'y a pas de meilleure expression pour qualifier l'oeuvre de Louisa May Alcott, Dans les trente ans qui ont suivi la publication du roman, en 1869, il s'en est vendu plus d'un million sept cent mille exemplaires, rien qu'aux Etats-Unis. Ce qui, au XIXe siècle, constitue un véritable record.
Le cinéma s'est emparé de l'oeuvre dès 1933, il a grandement contribué au succès de, ce qui en France était connu sous le titre des Quatre filles du docteur March. C'est Hetzel (l'éditeur de Jules Verne) qui lorsqu'il voulut diffuser le roman fit du "chaplain March", un "docteur March". Il s'agissait pour lui d'éviter les questions religieuses, dans une France qui se laïcisait, le processus engendrait alors de nombreux conflits. Il voulait aussi éviter que les enfants n'aient pas à se poser d'embarrassantes questions sur ce prêtre, père d'une famille nombreuse, qui ne pouvait manquer de paraître exotique en France.
Il y aura bien d'autres traductions : Les soeurs March, Petites bonnes femmes, Petites femmes. Mais aucune ne parviendra à s'imposer et le roman de Louisa May Alott reste, pour le monde francophone, Les quatre filles du Dr March, au mépris de toute fidélité au texte original! C'est peut-être Malika Ferdjoukh qui a trouvé la solution dans la nouvelle adaptation qu'elle propose : Les quatre filles du pasteur March. Malika Fedjoukh est une incondtionnelle de cette histoire. Ceux qui connaissent son oeuvre s'en seraient doutés. Ses Quatre soeurs multiplient les clins d'oeil aux filles March.
Cette nouvelle version sera l'occasion, pour ceux d'entre vous qui ne le connaîtraient pas, de découvrir, ce classique de la littérature américaine. Ce roman dont le propos peut sembler anodin : il raconte une année dans la vie d'une famille américaine dont le père, pasteur, est parti servir l'armée abolitionniste, pendant la guerre de sécession. Le récit est plein de bons sentiments, Meg, Jo, Beth, Amy, marquées par le Voyage du pèlerin de Bunyan, tentent de se conduire en parfaites chrétiennes. Mais la figure de Jo, dans laquelle se projette probablement son auteur, annonce la femme moderne : son refus des conventions, ses aspirations à l'indépendance, à la reconnaissance. La plume alerte de Malika Ferdjoukh donne en outre à ce petit roman un coup de jeune bienvenu qui le dépoussière et fait ressentir le tonus du personnage principal.

Les références du livre : Louisa May Alcott, Les quatre filles du pasteur March, École des loisirs, 2010. Acquisition récente du CDI.

La vague

"Comment les Allemands ont-ils pu laisser faire ça ?" Telle est la question que pose Amy, bouleversée par un film sur l'holoauste, à son professeur d'histoire de terminale, le charismatique Ben Ross. Le professeur ne sait que répondre et en bon professeur qu'il est, il cherche, une fois rentré chez lui, le moyen de faire comprendre ce qui a pu se passer.
Il revient le lendemain avec une idée : "Supposons que je puisse prouver qu'on peut obtenir le pouvoir par la discipline. Supposons qu'on puisse le faire tout de suite, dans cette classe, qu'en diriez-vus?" Tout élève, c'est bien connu, ne cherche, par nature, qu'à rompre avec le ronron de la routine quotidienne. La proposition est donc unanimement acceptée.
Un slogan ( "La Force par la discipline! La Force par la communauté!"), quelques exercices pratiques simples qui permettent à la classe d'éprouver la force de la communauté, et l'expérience est lancée, un mouvement vient de naître au lycée, La Vague.
"- Hé, arrêtez de vous marrer, intervint David. C'était vraiment spécial. Comme si, pendant qu'on agissait tous ensemble, on était bien plus qu'une simple classe. Comme si on ne faisait plus qu'un. Vous vous rappelez ce qu'à dit Ross sur le pouvoir? Je crois qu'il avait raison? Vous avez senti?"La vague est lancé, véritable lame de fond, elle se met à enfler, et pourrait bien engloutir et le lycée et son initiateur. La Vague de Todd Strasser est un roman terrifiant qui démontre de façon simple et efficace comment l'homme peu trouver reposant le fait de se laisser déposséder de sa liberté. L'histoire est basée sur un fait divers qui eut réellement lieu dans l'Amérique de la fin des années soixante.
Un petit livre essentiel pour qui veut comprendre le programme d"histoire de troisième mais aussi bien des horreurs du comportement humain. A noter que le personnage de Laurie, résistante et lucide apporte, dans ce sombre tableau, une touche d'espérance non négligeable.

Les réfrences du livre : Todd Strasser, La Vague, Pocket, 2009. Récemment acquis par le CDI.
Le site de l'auteur qui est aussi le créateur de la série "Piégé dans ..." :
http://www.toddstrasser.com/

Niveau : 3e