mardi 25 janvier 2011

La Coquette et l'Abeille

Chloé, jeune, jolie, et surtout fort coquette,
Tous les matins, en se levant,
Se mettait au travail, j'entends à sa toilette;
Et là, souriant, minaudant,
Elle disait à son cher confident(1)
Les peines, les plaisirs, les projets de son
[âme.
Une abeille étourdie arrive en bourdonnant.
"Au secours ! Au secours ! crie aussitôt la
[dame :
Venez, Lise, Marton, accourez
[promptement;
Chassez ce monstre ailé." Le monstre insolemment
Aux lèvres de Chloé se pose.
Chloé s'évanouit, et Marton en fureur
Saisit l'abeille et se dispose
A l'écraser. "Hélas ! lui dit avec douceur
L'insecte malheureux, pardonnez mon erreur ;
La bouche de Chloé me semblait une rose,
Et j' ai cru..." ce seul mot à Chloé rend ses sens.
"Faisons grâce, dit-elle, à son aveu sincère :
d' ailleurs sa piqûre est légère ;
depuis qu'elle te parle, à peine je la sens."
Que ne fait-on passer avec un peu d'encens(2).

Florian, Fables, 1792.

1. Personnification du miroir, dans le langage précieux, le miroir est appelé le "confident des grâces".
2. Avec des flatterie (le verbe encenser peut aussi signifier "flatter".


Ill. Gravure de Victor Adam

dimanche 23 janvier 2011

La poésie au XIXe

1/ Le romantisme

Les poètes romantiques se regroupent autour de Victor Hugo qui sera le chef de file du mouvement.
Ils sont enthousiasmé par la poésie lyrique de Lamartine qu’ils prennent pour modèle. Ils composent des poèmes mélancoliques qui exploitent le thème du mal dusiècle Ils introduisent des thèmes nouveaux : l’exotisme et le rêve .

Les romantiques apportent peu d’innovation dans la forme ; Victor Hugo revendique le triètre , un alexandrin à trois accents.

Lamartine

Les Méditations poétiques

1820

Vigny

Poèmes antiques et modernes

1826

Hugo

Les Orientales
Les Rayons et les ombres

1829
1840

Nerval

Odelettes
Les Chimères

1834
1854

Musset

Poésies Nouvelles

1850

2/ Le Parnasse

Les Parnassiens refusent les excès du lyrisme et préconisent une poésie impersonnelle . Ils recherchent des formes parfaites, évoquent des paysages lointains ou des scènes historiques.

Gautier

Emaux et Camés.

1852

Leconte de Lisle

Poèmes antiques
Poèmes Barbare

1852
1862

Heredia

Les Trophées

1893

3/ Le symbolisme

Les symbolistes, inspirés par Baudelaire recherchent les correspondances entre le monde d’ici-bas et le monde spirituel . Ils refusent le réalisme et le goût des parnassiens pour une poésie formelle.

Le paysage exprime leurs états d’âme et les symbolistes privilégient la musicalité.

Le grand poète symboliste est Mallarmé (Poèmes, 1899) ; Rimbaud, Verlaine et Tristan Corbière se rapprochent du mouvement sans y adhérer.

Verlaine

Poèmes saturniens
Fêtes galantes
Romances sans parole

1866
1869
1874

Rimbaud

Une Saison en Enfer
« Voyelles », « Oraison du soir », « Les Assis », « Les Effarés », « Les Chercheuses de poux », « Le Bateau ivre » seront publiés dans Les Poètes maudits de Velaine

1873

1884

Corbière

Les Amours jaunes

1873

Les symbolistes (Verhaeren en particulier) utilisent le vers libre.

Rédiger une ouverture de roman... du grand art!

Sujet
Vous rédigerez, à la première personne, l’ouverture de l’un des deux romans suivants. Vous adopterez le point de vue de l’héroïne. Vous ferez en sorte de glisser dans votre narration un passage au présent dans lequel votre héroïne intervient en tant que narratrice pour juger, commenter, ou émettre un avis sur les événements qu’elle rapporte les paysages qu’elles traverse ou les personnages qu’elle évoque.

Vous commencez comme bon vous semble, début « in medias res », scène dialoguée, scène de rencontre, promenade solitaire favorisant la description ou l’expression des sentiments…

Quatrième de couverture
Sur Manderley, superbe demeure de l'ouest de l'Angleterre, aux atours victoriens, planent l'angoisse, le doute : la nouvelle épouse de Maximilien de Winter, frêle et innocente jeune femme, réussira-t-elle à se substituer à l'ancienne madame de Winter, morte noyée quelque temps auparavant ? Daphné du Maurier plonge chaque page de son roman dans une ambiance insoutenable, filigranée par un suspense admirablement distillé, touche après touche, comme pour mieux conserver à chaque nouvelle scène son rythme haletant, pour ne pas dire sa cadence infernale. Un récit d'une étrange rivalité entre une vivante - la nouvelle madame de Winter - et le fantôme d'une défunte, qui hante Maximilien, exerçant sur lui une attraction bien difficile à expliquer. Du grand art que l'écriture de Daphné du Maurier, qui signe là un véritable chef-d'oeuvre de la littérature du XXe siècle, mi-roman policier, mi-drame psychologique familial bourgeois.

Début de l'un des meilleurs devoirs :
Elle me poursuivait. J’avais beau courir de plus en plus vite, elle me rattrapait. Comme si elle flottait dans les airs. Sa main froide se posa sur mon épaule, je ne pouvais plus bouger. La jeune femme m’agrippa par les cheveux et me plongea la tête dans une bassine d’eau. Je n’eus pas le temps de reprendre une respiration. Cela faisait près d’une minute que ma tête était maintenue sous l’eau. Je me sentais partir et flotter à mon tour dans les airs.
Je me réveillais en sursaut, je haletais. Comme bien souvent, Maximilien avait du se lever, sa place était encore chaude dans le lit. Après avoir repris mes esprits, j’arrangeais mon oreiller et essayais de me rendormir.
Emilie Gayet. 4e 6
Induire le lecteur en erreur en commençant par le récit d'un rêve est une technique assez fréquente, la difficulté consiste d'une part à donner de la crédibilité au rêve et d'autre part à établir un lien entre le rêve et le récit principal ce que l'auteure de la copie réussit parfaitement.

mardi 18 janvier 2011

Le Parnasse (2)

B. La quête de la perfection formelle

Les Parnassiens privilégient le travail de la forme. Ils remettent à l’honneur les formes fixes, rondeaux et ballades (Banville), sonnet (Heredia).

La réflexion sur le vers revient aux préceptes classiques : « L’art des vers, dans tous les pays, et dans tous les temps, repose sur une seule règle : la Variété dans l’Unité. – Celle-là contient toutes les autres. Il nous faut l’unité, c’est à dire le retour des mêmes combinaisons, parce que, sans elle, le vers ne serait pas un Être, et ne saurait nous intéresser ; il nous faut la Variété, parce que, sans elle, le vers nous berce et endort. » (Banville, Petit Traité de poésie française, 1872)

Le travail fait l’objet d’un véritable culte, il permet de trouver la rime parfaite, le rythme adéquat, le mot juste...

C. L’Espace et le temps

Si le lyrisme s’efface, c’est pour laisser place à une poésie descriptive qui explore les mystères d’une nature indifférente et fatale. Recherchant la « variété dans l’unité », les poètes se tournent volontiers vers l’exotisme pour évoquer toutes les facettes de cette nature que le poète renonce à expliquer et dont le spectacle à lui seul vaut méditation. Les Poèmes Barbares de Leconte de Lisle donnent lieu à de saisissants tableaux qui révèlent les mystères d’une nature immuable et la vanité de l’existence humaine.

Si l’exotisme constitue une source d’inspiration majeure, les Parnassiens explorent volontiers l’histoire et la mythologie. Banville se réfère à l’antiquité gréco-romaine, Heredia, brosse dans ses Trophées, une suite de tableaux qui évoquent toute l’histoire humaine.

Le Parnasse (1)

I. Définition

Dans la mythologie grecque, le Parnasse est la résidence d’Apollon et des neuf muses. C’est en référence à ce lieu sacré, symbole de l’inspiration qu’un groupe de poètes de la seconde moitié du XIXe siècle se baptise du nom de « Parnasse ». Ces poètes qui, rejettent le romantisme, veulent une esthétique moderne fondée sur la perfection formelle et le rejet de l’outrance lyrique.

II. Aux sources du mouvement

Deux poètes servent de modèle à la jeune génération parnassienne : Théodore de Banville qui, dans Les Cariatides (1842), déplace l’inspiration lyrique au cœur de la Grèce antique et surtout Théophile Gautier qui, avec Emaux et Camées (1852), illustre une doctrine de "l’art pour l’art": « Il n’y a vraiment de beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid, car c’est l’expression de quelque besoin, et ceux de l’homme sont ignobles, comme sa pauvre et infirme nature. »

III. Esthétique du Parnasse

Autour de Leconte de Lisle, qui fait figure de chef de file (il reçoit les jeunes parnassiens dans son salon du Boulevard des Invalides), s’élabore peu à peu la doctrine parnassienne.

A. Un lyrisme tempéré

Avec les « Montreurs », le maître condamne le lyrisme en l’assimilant à un spectacle de foire destiné au vulgaire. :

Tel qu'un morne animal, meurtri, plein de poussière,
La chaîne au cou, hurlant au chaud soleil d'été,
Promène qui voudra son cœur ensanglanté
Sur ton pavé cynique, ô plèbe carnassière !

Pour mettre un feu stérile en ton œil hébété,
Pour mendier ton rire ou ta pitié grossière,
Déchire qui voudra la robe de lumière
De la pudeur divine et de la volupté.

Dans mon orgueil muet, dans ma tombe sans gloire,
Dussé-je m'engloutir pour l'éternité noire,
Je ne te vendrai pas mon ivresse et mon mal,

Je ne livrerai pas ma vie à tes huées,
Je ne danserai pas sur ton tréteau banal
Avec tes histrions et tes prostituées.

Leconte de Lisle, « Les Montreurs », Poèmes barbares, 1862.

S’il ne rejette pas de façon absolue le lyrisme, il préconise une esthétique de la pudeur et défend une conception aristocratique de la poésie fondée sur le refus de la facilité et l’exaltation du beau.


ill. portrait de Leconte de Lisle par Jacques Léonard Blanquer

dimanche 16 janvier 2011

Fantaisie

Il est un air, pour qui je donnerais,
Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber.
Un air très vieux, languissant et funèbre,
Qui pour moi seul a des charmes secrets!

Or, chaque fois que je viens à l'entendre,
De deux cents ans mon âme rajeunit...
C'est sous Louis treize; et je crois voir s'étendre
Un coteau vert, que le couchant jaunit;

Puis un château de brique à coins de pierre,
Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,
Ceint de grands parcs, avec une rivière
Baignant ses pieds, qui coule entre les fleurs;

Puis une dame à sa haute fenêtre,
Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens,
Que dans une autre existence peut-être,
J'ai déjà vue...et dont je me souviens!


Gérard de Nerval, Odelettes Rythmiques et lyriques, 1852.

Ill. William Morris, Yseult (tableau parfois nommé aussi la Reine Guenièvre)

samedi 15 janvier 2011

Le poème en prose (4), la fonction poétique du langage

III. Un langage poétique ?

Comme le poème versifié, le poème en prose développe ce que Jakobson appelle la fonction poétique du langage. Le langage se fait jeu : la figure de style l'éloigne du langage ordinaire. La métaphore transforme le monde : « Aux flancs des rocs qui trempent dans la nuit des précipices leurs chevelures de broussailles… » (Aloysius Bertrand, « L’Heure du Sabbat », Gaspard de la nuit.)
La nature ainsi animée, devient le cadre idéalement inquiétant d’une réunion sabbatique. Et la multiplication des images donne au texte sa densité poétique.
La dimension ludique peut aussi s’affirmer dans les répétitions :
Assez vu. La vision s'est rencontrée à tous les airs.
Assez eu. Rumeurs des villes, le soir, et au soleil, et toujours.
Assez connu. Les arrêts de la vie. Ô Rumeurs et Visions!

Départ dans l'affection et le bruit neufs! (Rimbaud, « Départ », Illuminations.)
La répétition de l’adverbe « Assez » auquel se trouve accolé un verbe transitif privé de son complément crée une attente qui se trouve partiellement comblée par les phrases qui suivent, variations sur le thème initial.
Le poème peut aussi jouer des contrastes : Sur une route, derrière la grille d'un vaste jardin, au bout duquel apparaissait la blancheur d'un joli château frappé par le soleil, se tenait un enfant beau et frais, habillé de ces vêtements de campagne si pleins de coquetterie.
[…]De l'autre côté de la grille, sur la route, entre les chardons et les orties, il y avait un autre enfant, sale, chétif, fuligineux, un de ces marmots-parias dont un oeil impartial découvrirait la beauté, si, comme l'œil du connaisseur devine une peinture idéale sous un vernis de carrossier, il le nettoyait de la répugnante patine de la misère. (Baudelaire, « Le joujou du pauvre », Le Spleen de Paris.)

Le poème se construit sur l’antithèse pauvreté / richesse que le poète exploite de façon systématique pour aboutir à l'étrange idée d’une pauvreté qui se fait désirer.

Le Poème en prose (3) un poème "ouvert"


Le poème suivant, extrait des Chants de la Balandrane (1977) de René Char, illustre l’autre tendance :
Le sol qui recueille n’est pas seul à se fendre sous les opérations de la pluie et du vent. Ce qui est précipité, quasi silencieux, se tient aux abords du séisme, avec nos sèches paroles d’avant-dire, pénétrantes comme le trident de la nuit dans l’iris du regard.

Si l’unité du texte repose sur un processus analogique qui place en parallèle les manifestations naturelles et choc de la création poétique. Le poème se donne à lire comme une ouverture. A la manière du haïku, il ouvre une brèche dans le réel et suscite l’interrogation.

Le poème en prose (2) un poème hyper structuré

Il était nuit. Ce furent d'abord, - ainsi j'ai vu, ainsi je raconte, - une abbaye aux murailles lézardées par la lune, - une forêt percée de sentiers tortueux, - et le Morimont (*) grouillant de capes et de chapeaux.

Ce furent ensuite, - ainsi j'ai entendu, ainsi je raconte, - le glas funèbre d'une cloche auquel répondaient les sanglots funèbres d'une cellule, - des cris plaintifs et des rires féroces dont frissonnait chaque fleur le long d'une ramée, - et les prières bourdonnantes des pénitents noirs qui accompagnent un criminel au supplice.

Ce furent enfin, - ainsi s'acheva le rêve, ainsi je raconte, - un moine qui expirait couché dans la cendre des agonisants, - une jeune fille qui se débattait pendue aux branches d'un chêne, - et moi que le bourreau liait échevelé sur les rayons de la roue.

Dom Augustin, le prieur défunt, aura, en habit de cordelier, les honneurs de la chapelle ardente; et Marguerite, que son amant a tuée, sera ensevelie dans sa blanche robe d'innocence, entre quatre cierges de cire.

Mais moi, la barre du bourreau s'était, au premier coup, brisée comme un verre, les torches des pénitents noirs s'étaient éteintes sous des torrents de pluie, la foule s'était écoulée avec les ruisseaux débordés et rapides, - et je poursuivais d'autres songes vers le réveil.

Aloysius Bertrand, « Un rêve », Gaspard de la nuit.

Le poème de Bertrand est divisé en strophes qui sont autant d’unités de sens. Les trois premières strophes ont un même thème : des décors sont évoqués par le biais d’un sens privilégié dans les strophes 1 et 2 (la vue puis l’ouie). La troisième strophe est centrée sur le thème de l’agonie, trois agonies se déroulent simultanément dans les lieux esquissés précédemment.
La strophe obéit à un autre principe structurant : l’anaphore : « ce furent », « ainsi je… ainsi je…».
Les strophes 3 et 4, quant à elles, reprennent en les dénouant les thèmes exposés au début du poème. Elles se distinguent par des des changement dans l'énonciation (passage des temps du passé au futur) qui orientent le récit vers son dénouement.

L’organisation du poème repose donc sur une opposition entre simultanéité (strophes 1 à 3) et chronologie (strophes 4 et 5) mais aussi entre l'indétermination et la singularité : par ce mouvement, le texte permet une identification progressive des personnages de la scène et de leur devenir.


Le poème en prose (1)

I. Définition
Jusqu’au XIXe siècle l’idée qu’un poème puisse s’écrire en prose eût semblé une absurdité, tant l’idée même de poésie était liée à la fabrique du vers. Quoiqu’il en soit le poème en prose existe et pose la question de la poésie et de sa spécificité. Certains critères s’imposent d’emblée pour le définir , le poème en prose se présente comme un texte bref et autonome, intense par sa polysémie ou l’utilisation ludique et esthétique qu’il fait du langage.

II. Brièveté, autonomie
Les premiers recueils de poèmes en prose se présentent effectivement comme une succession de textes brefs clos sur eux-mêmes. Les proses du Gaspard de la nuit d’Aloysius Bertrand (1852) se reconnaissent aisément en ce qu’elles tiennent sur une page et se structurent en brefs paragraphes qui suggèrent autant d’unités.

Le Spleen de Paris de Baudelaire (poèmes rédigés entre 1855 et 1864) pose déjà plus de problèmes, certains textes atteignent les dimensions d’une nouvelle et s’en rapprochent également par leur sujet (« Le joueur généreux », par exemple). Dans la lettre à Arsène Houssaye où Baudelaire définit ce qu'il a voulu faire, il écrit : « Hachez-la en de nombreux fragments et vous verrez que chacun peut exister à part ». Preuve que le texte est bien autonome.
Suzanne Bernard distinguera deux grandes tendances dans l’élaboration du poème en prose. Soit le poème est hyper structuré, hyper travaillé, soit il est composé de façon un peu imprévisible en toute liberté.

On comparera rapidement deux textes, révélateurs de ces deux modes d’existence :


La Guenon, le Singe et la Noix de Florian

Une jeune guenon cueillit
Une noix dans sa coque verte ;
Elle y porte la dent, fait la grimace... "Ah !
[Certes,
Dit-elle, ma mère mentit
Quand elle m’assura que les noix étaient
[bonnes.
Puis, croyez aux discours de ces vieilles
[personnes
Qui trompent la jeunesse : Au diable soit le
[fruit !"
Elle jette la noix. Un singe la ramasse,
Vite entre deux cailloux la casse,
L’épluche, la mange, et lui dit :
"Votre mère eut raison, ma mie :
Les noix ont fort bon goût, mais il faut les ouvrir.
Souvenez-vous que, dans la vie,
Sans un peu de travail on n’a point de plaisir."

Florian, Fables, 1792.

dimanche 9 janvier 2011

Hammett ou quand le roman policier devient littéraire...

Dashiell Hammett est mort il y a cinquante ans, le 10 janvier 1961, il avait soixante-cinq ans. Ce fut un immense écrivain, c'est lui qui, est à l'origine de ce personnage qu'on trouve aujourd'hui dans toutes sortes de films et feuilletons policiers : le détective privé "hard boiled" (dur à cuire).
Il n'a écrit que cinq romans dont quatre sont considérés comme de véritables chefs-d'oeuvre : Moisson Rouge (1929), Sang Maudit (1929, Le faucon de Malte (1930) et La clé de Verre (1931). Influencés par le cinéma, les écrivains de cette époque, cherchent une écriture objective, qui rapporte des comportements (sans s'intéresser ni aux sentiments ni aux états d'âme), on appelle parfois cette tendance ce littéraire, le courant "behaviorist".
Hammett a profondément modifié le roman policier en l'élevant au rang d'oeuvre littéraire : son personnage principal est généralement un détective privé qui exerce son métier sans états d'âme. Le romancier situe l'action de ses intrigues dans un univers urbain, corrompu et violent. L'histoire n'y a finalement qu'une importance secondaire et c'est cette atmosphère de violence et de corruption qu'on retient généralement de son oeuvre. Hammett a probablement puisé son inspiration dans sa propre expérience puisqu'il fut lui-même détective privé pour la célèbre agence Pinkerton de Philadelphie, pendant près de six ans.
Panne d'inspiration? Crise personnelle? Notre auteur publie un dernier roman en 1934 (L'Introuvable, à l'origine d'une série de films à succès dans les années trente) et cesse d'écrire. Ses opinions politiques (il était communiste) lui vaudront d'être inquiété (et même emprisonné) pendant le triste période de la "chasse aux sorcières" McCarthyste.

Moisson rouge et La Clé de Verre sont deux romans qui fonctionnent un peu sur le même thème : opposition de gangs et liquidations au sein d'une petite ville corrompue. Le second constitue une prouesse, parce qu'entièrement rédigé en focalisation externe il traduit aussi l'intérêt de Hammett pour cette science, alors nouvelle, la psychanalyse.

Sang Maudit est un roman gothique moderne qui plonge son lecteur dans l'univers trouble des sectes.

Quant au Faucon de Malte, il s'agit d'une chasse au trésor, Hammett y réutilise (il a écrit quantité de nouvelles pour les "pulps" - magazines bons marchés) le personnage de Sam Spade, privé inflexible, incarné à l'écran par Humphrey Boggart.

vendredi 7 janvier 2011

Enid en BD


Si vous avez aimé le roman vous aimerez la BD. L'univers des soeurs Verdelaine, cinq orphelines qui, sous la houlette de leur aînée, Charlie, affrontent les aléas de l'existence est ici parfaitement restituée. Tout y est : l'univers enchanté de la Vil'Hervé, cette villa perdue au fond de l' "impasse de l'Atlantique" qu'habitent nos cinq héroïnes depuis la mort de leur parents, les fantômes décontractés des dits parents qui surgissent à l'improviste pour donner un conseil, ou réconforter leur progéniture laissée à elle-même, les souterrains qui, partant du vieux puits conduiront Enid aux tombes de ces Tristan et Yseut moderne que sont les époux Auberjaunois.
Cati Baur a conservé quand elle l'a pu, les dialogues de Malika Ferdjoukh; insérant des passages narratif dans sa BD, elle l'apparente à ce genre nouveau qu'est le roman graphique à la Posy Simmonds. Elle maîtrise parfaitement cadrages et angles de vue, son dessin soutient donc de façon efficace la narration. Et comme elle réalise, elle même ses couleurs - le cas n'est pas si fréquent en BD - , l'album s'avère particulièrement soigné. La couverture rend particulièrement bien notre ciel breton et les scènes nocturnes, assez nombreuses - Enid est un peu l'héritière du Club des cinq, ce groupe d'enfants qui de puits en souterrains a enchanté la génération de vos parents - sont particulièrement réussies. On attend donc avec impatience la suite et on encourage Cati Baur. Lien vers son blog :

jeudi 6 janvier 2011

La Poésie romantique

IV. Les poètes romantiques

Les premières manifestations du romantisme en tant que mouvement littéraire sont la constitution, en 1820, d’un salon littéraire le Cénacle. Le premier cénacle regroupe Nodier, Hugo, Vigny, Saint-Beuve, Dumas. Les jeunes romantiques célèbrent Les Méditations poétiques de Lamartine comme un texte phare.

Si la poésie de Lamartine (1790-1878) peut être considérée comme l’une première manifestation du romantisme, elle n’en reste pas moins classique dans sa forme. Les Méditations poétiques, reçoivent en 1820, un succès inattendu qui est due à son lyrisme nouveau.

Un peu en marge du mouvement, malgré l’amitié qui la lie à Victor Hugo, Marceline Desbordes Valmore (1786-1859) connaîtra un succès grandissant. Son premier recueil, Elégies et romances (1819). Inspirée par une vie errante et difficile, la poésie de Marceline Desbordes Valmore est une poésie mélancolique et innovante, elle utilise, bien avant Verlaine le mètre impair.

L’œuvre de Victor Hugo (1802-1885) dépasse le cadre du romantisme. Ses premiers recueils,Odes et ballades (1828) et les Orientales (1829) traduisent l’enthousiasme romantique pour de nouvelles sources d’inspiration, Hugo se tourne vers le Moyen Âge ou l’Orient. Avec les Feuilles d’automne (1831) puis Les Rayons et les Ombres (1841), l’écriture se fait plus lyrique. Victor Hugo publie en 1856, son chef d’œuvre, Les Contemplations. Le recueil naît du besoin d’évoquer le terrible drame de 1843, la noyade accidentelle de sa fille Léopoldine.

Musset
(1810-1857), jeune auteur prodige rejoint le cénacle à l’âge de 18 ans, ses Contes d’Espagne et d’Italie lui assurent le succès. Avec les Nuits (1838-1837) il fait entendre une poésie plus personnelle et magnifie la souffrance l’élevant au rang de principe esthétique : "Les plus désespérés sont les chants les plus beaux" (Musset, Nuit de mai)

L’œuvre de Nerval (1808-1855) est sans doute l’une des plus abouties du romantisme. Les Chimères (1854) sont un recueil de sonnets parfois hermétiques dont la langue parfaitement ciselée et les références alchimiques annoncent le symbolisme :

Je suis le ténébreux, - le veuf, - l’inconsolé, Le prince d’Aquitaine à la tour abolie :
Nerval, « El Desdichado », Les Chimères.

Phot. Nerval par Nadar.

mardi 4 janvier 2011

La Poésie romantique


I. Définition
L’adjectif romantique apparaît en Allemagne et en Angleterre à la fin du XVIIIe siècle, et désigne une littérature de la sensibilité. Il s'agit d'une littérature qui se veut différente du classicisme, rejetant l'inspiration antique et les règles de régularité ou d'équilibre.

II. Les précurseurs
Le romantisme s’affirme finalement assez tardivement en France, il s'épanouit d'abord en Allemagne (Goethe, le "Sturm un Drang") et en Angleterre (Mc Pherson, Byron).
Certains écrivains français annoncent cette sensibilité : Rousseau et Bernardin de Saint-Pierre, avec des romans marqués par le sentimentalisme connaissent un succès retentissant.
Chateaubriand (René, 1802) et Senancour (Obermann, 1804) engagent la France dans la voie du romantisme. Ils mettent en scène des héros victimes d’un mal de vivre indéfinissable.

III. Une révolution poétique ?

A. Une poésie entre tradition et modernité

Victor Hugo a fait de l’alexandrin ternaire son cheval de bataille mais le trimètre s’affirme plus comme l’emblème de la liberté que comme une véritable possibilité nouvelle. Les poètes utilisent désormais beaucoup plus volontiers l’enjambement que prohibait la doctrine classique mais s’en tiennent aux formes traditionnelles (Ode, sonnet, ballade…).

B. Des sources d’inspiration nouvelles

La véritable révolution romantique s’effectue dans la liberté que le poète s’octroie pour non plus imiter mais inventer.
Le Moi devient un sujet d’exploration privilégié et le lyrisme s’affirme comme le registre dominant de la première génération romantique. Dans les Méditations poétiques (1820) Lamartine évoque des thèmes qui seront ceux de toute une génération : l’homme, inadapté à son siècle, cherche refuge dans la nature qui lui rappelle la fragilité de son existence et l’irréversible marche du temps.
Je suis d’un pas rêveur le sentier solitaire ; J’aime à revoir encor pour la dernière fois, Ce soleil palissant dont la faible lumière Perce à peine à mes pieds l’obscurité des bois.
Lamartine, « L’Automne », Méditations poétiques.

Le romantisme ne dédaigne pas le pittoresque. Hugo dans les Orientales ressuscite l’univers des Mille et une nuits, Musset dans ses Premières poésies évoque avec légèreté l’Espagne et l’Italie.
Nerval et Aloysius Bertrand explorent les univers du rêve et de la métempsycose.
Le romantisme français n’est pas pour autant déconnecté de son temps et le poète sait
s’engager, Victor Hugo prend part aux luttes politiques et sociales de son époque, il se battra contre la tyrannie d’un Napoléon III ou la peine de mort.

Illustrations aquarelle d'E. Lami, illustrant la Nuit de maid'Alfred de Musset La nuit de Mai